Séminaire collectif CRJ (EHESS) 2008-2009
Histoire du Japon moderne : Permanences et Ruptures
Les 1er et 3e jeudis, de 11h à 13h, 105 boulevard Raspail,
salle 9
Contact - organisation : Sébastien Lechevalier (contact)
Site du séminaire : >>>
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6 novembre 2008
Ryo Kambayashi (Université Hitotsubashi, IER)
« Is it the end of long-term employment in Japan ?»
20 novembre 2008
Michel Cartier (EHESS, Centre d'études sur la Chine moderne
et contemporaine)
« Pourquoi les Japonais nont-ils plus denfants
?»
4 décembre 2008
Christian Polak (Centre de recherches sur le Japon)
« La correspondance du Japon du marin Charles Lavison
en 1868.»
15 janvier 2009 Attention : Changement
d'horaire et de salle : de 15h à 17h, salle 7
Lionel Babicz (The University of Sydney & Centre de recherches
sur le Japon)
« Japon, Corée, Chine : écrire ensemble
l'histoire.»
5 février 2009
Patrick Beillevaire (CNRS, Centre de recherches sur le Japon)
« Nakayoshi Ryôkô le père de
la restitution dOkinawa au Japon.»
19 février 2009
Rogier B.P.M. Busser (Université de Leiden)
« Competing Japanese and Chinese development models for
Southeast Asia.»
5 mars 2009
Arnaud Nanta (CNRS, Centre de recherches sur le Japon)
« Conflits et colonisation à Karafuto / Sakhaline
(18e-20e siècles).»
19 mars 2009
Makoto Kasuya (Université de Tokyo, Faculté de
sciences économiques)
« Continuity and change in the employment and promotion
of Japanese white-collar employees: the case of Mitsui House.
»
2 avril 2009
Bernard Thomann (INALCO)
« La réforme sociale au Japon de 1919 à
1945: de l'internationalisme au fascisme ?»
Résumé : L’historiographie, japonaise en particulier, a été très marquée, jusqu’il y a une dizaine d’année, par ce qu’on appelé le «débat sur le fascisme japonais » (Nihon fashisumuron) qui eut tendance à considérer la politique sociale à partir de la fin du dix-neuvième siècle comme un des éléments d’une genèse qui aboutit à un « système impérial fasciste » (tennôsei fashisumu). Cette vision téléologique de l’histoire était fortement imprégnée des thèses du komintern de 1932 et de la définition du fascisme donnée lors du congrès de l’Internationale socialiste de 1935 et participait d’une analyse plus large sur la nature du développement économique et social du Japon d’avant guerre que développa le Kôza-ha, et qui avait pour enjeu la stratégie du parti communiste japonais.
Après avoir présenté les origines, les grandes lignes et les conséquences historiographiques de ce « débat sur le fascisme japonais », nous proposerons un certain nombre d’éléments d’interprétation de l’histoire de la réforme japonaise du milieu de l’ère Meiji à la fin de seconde guerre mondiale. En prenant notamment appui sur une historiographie occidentale, mais aussi et surtout japonaise, qui s’est beaucoup affranchie de ces problématiques traditionnelles depuis une quinzaine d’année, nous ferons reposer notre analyse sur trois points principaux.
Premièrement, nous tenterons de redonner toute leur place aux facteurs transnationaux dans le développement de la réforme sociale au Japon.
Nous essayerons de montrer que celui-ci ne peut être réduit à un processus d’évolution s’étant nourri de sa propre logique, que cette logique a été impulsée par la persistance d’élément féodaux -incarnés au niveau politique par le système impérial- comme l’ont analysé les auteurs marxistes du Kôza-ha, ou par l’adoption initiale du modèle allemand dans la deuxième moitié de l’ère Meiji comme l’ont soutenu Kenneth Pyle ou Bernd Martin. Les orientations prises par les
gouvernants pour construire la politique sociale japonaise ont été successivement inspirées par des idées qui circulaient d’un continent à l’autre grâce aux contacts que pouvaient avoir entre eux les réformateurs sociaux au delà des frontières de leur propre pays.
Deuxièmement, nous essayerons de montrer que si cette circulation transnationale des idées de la réforme sociale a très largement atteint le Japon et que ce dernier a très naturellement été influencé par un contexte international qui s’appliquait à tous les pays, il n’en a pas moins développé des solutions qui lui étaient propres. Nous reprendrons ainsi à notre compte l’assertion de Jack Goody selon laquelle il s’agit « à la fois de briser le compartimentage mutilant des frontières nationales et de sortir du « grand récit » de l’occidentalisation de la planète : l’histoire du monde ne saurait être réduite à l’ascension de l’ouest et à l’occidentalisation du reste’ ». Il n’y a pas eu de simple transfert au Japon de modèles nés en occident. Les réformateurs sociaux japonais ont opéré un tri parmi les solutions qui leur venaient des autres pays industrialisés en fonction des objectifs qu’ils estimaient prioritaires pour leur pays et, en même temps, ont continué à être marqués par des représentations sociales néo-confucéennes issues de la période prémoderne, ou réinventées, en réaction à l’introduction d’idéologies étrangères, pour nourrir la construction de l’identité nationale.
Enfin, troisièmement, nous essayerons de montrer que la politique sociale japonaise ne fut pas seulement un processus d’imposition par le haut de mesures de gestion de la population. En effet, l’historiographie marxiste dominante qui fut une des origines principales du « débat sur le fascisme japonais », a soutenu la thèse d’une société civile écrasée par un « capital monopolistique d’Etat ». Les idées de réforme sociale circulèrent au contraire dans des milieux qui ne furent pas seulement représentés par les hauts fonctionnaires, mais aussi par un mouvement social et des associations qui furent des acteurs non négligeables avant la seconde guerre mondiale. D’autre part, la politique sociale suivie par les élites bureaucratiques dut passer des compromis avec les entreprises qui tentèrent de concilier leur besoin de développer des capacités organisationnelles avec leur souci de stabiliser la main d’œuvre et de l’intégrer à leurs objectifs dans le contexte d’un développement du mouvement ouvrier.
Bernard Thomann est maître de conférences à l’INALCO. Il a été chercheur à la Maison Franco-Japonaise de 2002 à 2005. Ses recherches sur l'histoire des relations de travail au Japon ont donné lieu à la publication d’un numéro spécial du Mouvement social sur l'emploi féminin (Le Mouvement social, janvier - mars 2005) et d’un ouvrage (tiré de sa thèse de doctorat) paru en 2008 aux Indes savantes sous le titre Le salarié et l'entreprise dans le Japon contemporain : formes, genèse et mutation d'une relation de dépendance. Il travaille actuellement sur la naissance de la politique sociale au Japon jusqu'en 1945. Ce travail donnera lieu à la publication d'un livre qui sera présenté dans le cadre d'une HDR.
Parallèlement, dans le cadre de contrats ANR il travaille sur les thèmes suivants:
- l'histoire de la santé au travail au Japon au travers du cas de la silicose (dans ce cadre, Bernard Thomann vient de publier un article dans un numéro spécial de la Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine (56-1, 2009/1) sur la question des maladies professionnelles, dirigé par Paul-André Rosental)
- l'évolution des politiques de gestion des populations vulnérable au Japon (cette recherche s’inscrit dans le cadre d'un projet collectif du Groupe Esopp dont Bernard Thomann fait partie).
Bernard Thomann est également un membre de l'équipe de rédaction de la revue La vie des idées où il s'efforce de présenter des débats de société, tels qu'ils se développent au Japon.
7 mai 2009
Annick Horiuchi (Université Paris VII, Centre de recherches
sur les civilisations de lAsie orientale)
« Discours japonais sur les régions du nord (Ezo)
à la fin du XVIIIe siècle : questions de frontières,
de défense et de colonisation. »
*Résumé*: Il est courant de se représenter le Japon des Tokugawa comme
un pays « fermé », au moins dans le sens où il n’entretenait aucun
contact avec le monde extérieur en dehors des canaux diplomatiques et
commerciaux bien définis. On considère aussi que la connaissance que les
Japonais avaient de l’Occident durant cette période s’est cantonnée au
domaine des sciences comme la médecine, l’histoire naturelle, ou à l’astronomie.
Pourtant, aux cours des dernières décennies du XVIIIe siècle et au seuil
du XIXe, le pouvoir Tokugawa est confronté à une situation inédite avec
l’arrivée successive de deux ambassades russes, en 1792 et en 1804. Dès
les années 1780, le bakufu, averti de la présence russe à proximité d’Ezo, lance des missions d’expéditions dans la région qui relèvent un
ensemble important de données sur le territoire d’Ezo, ses habitants, le
fief de Matsumae et ses contacts avec les Russes. Parallèlement, une
frange du milieu savant se mobilise pour réunir des informations sur
l’histoire et la géographie de la Russie, immense pays dont ils ignorent
tout.
A cela s’ajoutent les témoignages des naufragés rapatriés par les deux
ambassades russes. En interrogeant ces naufragés, une somme
d’informations considérable est réunie sur la civilisation russe,
l’organisation politique, économique, sociale de l’empire, le mode de
vie, la vie matérielle, la culture, les villes, etc.
En une trentaine d’années, la classe politique et savante du Japon va
découvrir toutes les facettes de l’empire russe et s’engager dans une
réflexion d’une ampleur sans précédent sur les fondements de sa richesse.
L’exposé sera consacré aux grandes étapes de cette découverte de la
Russie et de la réflexion qui s’engage sur la question de la« colonisation » comme source de richesse pour un pays.
*Annick Horiuchi,* Professeur à l'UFR Langues et civilisations de l'Asie
orientale de l'Université Paris Diderot, Membre du "Centre de Recherches
sur les civilisations de l'Asie Orientale" (ex : Centre de recherches
sur les Civilisations chinoise, japonaise et tibétaine), UMR 8155.
Spécialiste de l'histoire intellectuelle et de l'histoire des savoirs du
Japon moderne (XVII-XIXe siècles). S'intéresse plus particulièrement à l'histoire de l'introduction des savoirs occidentaux et à l'histoire
des contacts du Japon avec l'Occident.
Discutant : Arnaud NANTA (CNRS, CRJ)
Jeudi 4 juin 2009, de 11h à 13h - EHESS, 105 boulevard Raspail, salle 11
Hiroko Takeda (Université de Sheffield, NIJS)
Personalized Choices: Redrawing the boundaries of families
and everyday life under neoliberal reform in Japan
Discutant: EHESS
*Summary*: Familial relationships are today the central locus of public
debates over national policy-making in Japan. With much-orchestrated ‘concerns’ over the changing demographic structure incurred by the low
level of the fertility rate and the growing proportion of the elderly
population, the national government seems to be driven by the utmost
enthusiasm to implement policies in the world of everyday life.
This move poses to us, on the surface, a contradiction. There has been
much discussion already regarding the changes in Japanese politics and
economy resulting from the neoliberal reforms begun in the late 1990s.
Neoliberal reform intends, in theory, to reduce state functions and
regulation in favour of the market mechanism. In this particular
configuration of governing, the state is supposed to largely, if not
completely, withdraw from dealing with economic and social matters, and
entrepreneurial economic activity based on deregulation and market
competition have become the main principle of organizing not only the
world of economy but also of politics and society while individuals are
expected to be fully responsible for managing their own lives. Indeed,
the ‘small government’ has been sought after through the process of
national political and fiscal reforms in Japan, in particular during the
time of the Koizumi cabinet (2001-6). This went hand in hand with the
promotion of the idea of self-responsibility (jiko sekinin) in various
areas from social security arrangements and employment to the
border-crossing movement of people or even marriage. It is within this
political climate in which neoliberal political logic is prevailing,
that political attention to families has been intensified, requiring the
expansion of the scope of government intervention into the world of
everyday life.
The purpose of this presentation is to examine the process of
negotiations over the role of families within the national political
economy during the period in which neoliberal reform has been carried
out in Japan and in so doing, to elucidate how the boundary of families
and everyday life has been recalibrated in response to the transitions
in the world of economy and politics. The presentation introduces recent
developments in the family policy proposed by the national government in
the name of ‘structural reform of the family and everyday life’ and
considers the implications of the policy developments in particular, in
terms of the family as the regulatory and moral unit of the state.
*Hiroko Takeda is Director of the research cluster on Social Change and
Transition in East Asia at the National Institute of Japanese Studies,
an international Centre of Excellence between the Universities of
Sheffield and Leeds. Her research interests include gender and
politics/political economy in Japan and East Asia, social and political
theories, biopolitics and governance, political discourse analysis and
the political functions of risk discourses. Her recent publications
include The Political Economy of Reproduction in Japan : Between
Nation-State and Everyday Life (RoutledgeCurzon, 2005) ; ‘Structural
Reform of the Family and the Neoliberalisation of Everyday Life in
Japan’, New Political Economy, Vol. 13 No. 2, 2008, pp. 153-72.