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Accueil > Archives >7ème Colloque, 2006 > Session E

Session E « Le Japon du début du XXe siècle : un monde bouge »

Président : Bernard Thomann (MC, INALCO)


Sandra Schaal

Les ouvrières de l’industrie japonaise des filatures de soie de la première partie du vingtième siècle : valeurs familiales et découverte de l’indépendance

Women Workers in Prewar Japan’s Silk Reeling Industry: Family Values and the Discovery of Independence


La main-d’œuvre employée dans l’industrie des filatures de soie de la première partie du vingtième siècle était constituée pour l’essentiel de jeunes travailleuses issues de familles démunies qui quittaient leur village pour la filature où elles travaillaient et logeaient. Beaucoup d’historiens critiquèrent leurs conditions de travail et de vie à l’usine et avancèrent qu’elles y menaient une existence inhumaine. De ce fait, elles sont souvent assimilées à des victimes et leur histoire continue de marquer la mémoire collective japonaise sous l’appellation d’« histoire tragique des ouvrières » (jokô aishi).

Notre démarche a consisté à analyser la manière dont elles décrivent le monde de l’usine et leur condition de fileuse au travers de l’étude de témoignages oraux d’anciennes ouvrières et de leurs chansons de travail. Les résultats obtenus montrent qu’une représentation plus nuancée de leur expérience est possible.

Dans le cadre de cette communication, nous verrons que peu de fileuses décidaient d’aller travailler à la filature de leur propre chef. Cette décision était fréquemment le fruit de stratégies familiales complexes, établies non seulement en réponse à des opportunités ou à des contraintes économiques, mais aussi en fonction de valeurs internes à la famille prenant leur source dans sa culture et ses traditions.

Par ailleurs, si le travail de fileuse paraissait pénible et ingrat à celles qui ne parvenaient pas à produire un fil de qualité, leur vie d’ouvrière pouvait également comporter des satisfactions et des plaisirs.

D’abord, vivre à l’usine leur donnait l’occasion d’échapper à la surveillance parentale. Malgré la forte supervision et la sévère discipline auxquelles elles étaient soumises dans les ateliers de travail et dans les dortoirs, elles y jouissaient parfois d’une liberté plus grande que dans leur foyer natal. Ainsi, alors que l’école et les réseaux de connaissances tissés par leur famille dans le village et ses environs avaient jusqu’alors été leurs seules sources de socialisation, à la filature, elles pouvaient nouer des amitiés et des relations amoureuses affranchies du contrôle de leurs parents.

Ensuite, ces jeunes filles issues de populations rurales pauvres découvraient la fierté de gagner de l’argent et le plaisir de le dépenser. Si leur sens aigu du devoir filial leur interdit en général de faire montre de valeurs individualistes s’opposant radicalement aux intérêts collectifs du clan, ceci n’empêcha pas un certain nombre d’ouvrières de goûter un peu aux joies de la consommation ou encore aux loisirs modernes qu’offrait la vie urbaine.

  doctorante ATER

INALCO UMB Strasbourg


CV - domaine de recherche
:
mars 2006 : doctorat ès lettres (spécialité sociologie), Université de Kyoto (Faculté de Lettres, Département de Sociologie), Kyoto, Japon avril
2006-août 2006 : chercheur (kenshûin), Université de Kyoto (Faculté de Lettres, Département de Sociologie), Kyoto
ATER, Université Marc Bloch (Département d’Etudes japonaises), Strasbourg

Bibliographie :


Anne Gossot

La contribution du designer Moriya Nobuo au projet de démocratisation du mobilier de style occidental dans les années vingt 

The contribution of Moriya Nobuo to the democratization of Western furniture in the Twenties

Ingénieur en métiers du bois, diplômé en 1915 de l’Ecole supérieure d’industrie de Tôkyô, Tôkyô kôtô kôgyô gakkô, Moriya Nobuo (1893-1927) commence sa carrière comme décorateur, au sein de l’entreprise de construction Shimizu-gumi. Il y conçoit l’aménagement intérieur des riches résidences de style occidental conçues par l’architecte Tanabe Junkichi, telle celle de l’entrepreneur Shibusawa Eiichi. En 1920, il est envoyé en Occident, par le ministère de l’Instruction Publique, afin de se former aux techniques et styles les plus actuels du design occidental, avant d’intégrer l’équipe pédagogique de la future École supérieure de design industriel de Tôkyô, Tôkyô kôtô kôgei gakkô, le premier établissement public de ce type sur le territoire, qui sera inauguré en 1922. De retour au Japon, après deux années d’étude, à Londres surtout, mais pendant lequel il se rend également à Paris, Berlin et Chicago, il réalise quelques-unes de ses œuvres maîtresses, telle la « Chambre à coucher pour la Belle au Bois Dormant », inspirée par le conte de Grimm, ou encore la « Pièce de travail aux oiseaux », conçue d’après The Picture of Dorian Gray d’Oscar Wilde, dont l’onirisme expressionniste fait écho aux goûts modernistes de la bourgeoisie fortunée et adepte du « mode de vie cultivé », bunka seikatsu.

Parallèlement, Moriya Nobuo s’implique, avec un regain d’intérêt, dans l’amélioration des conditions de vie de la nouvelle classe moyenne urbaine, sujet qui occupe la société progressiste, sous la houlette de l’Etat, en ces années vingt. La réflexion de Moriya dans le domaine de l’aménagement de l’habitat, alimentée par ses activités dans l’enseignement du design industriel, s’accompagne de la publication de nombreux articles et ouvrages. Dès 1923, il y explore l’idée d’une production en grande série de mobilier bon marché, destiné au grand public, mais de « qualité poétique » écrira-t-il. Ce projet occupe les dernières années de sa vie. La mort de Moriya Nobuo l’interrompt à la veille de sa mise en œuvre, en 1927.

Le projet sera repris et développé par l’entreprise Keiji-kôbô (1928–c.1940), pionnière de la production industrielle de mobilier occidental, et, comme telle, du design industriel de biens de consommation au Japon.

La présente communication se propose d’explorer, à travers les écrits de Moriya Nobuo, les contours de ce que ce dernier concevait sous les termes de « mobilier occidental poétique et bon marché » à l’usage de la classe moyenne japonaise des années vingt.

  MC

Université Bordeaux 3
Membre du Groupe de Recherche sur le Japon en Sciences Humaines et Sociales (GREJA), EA 335 Paris 7


CV - domaine de recherche
:
1994 : Doctorat de 3ème cycle, Études Japonaises (Spécialisation : Histoire du Design du XXe siècle), Université Paris 7.
1996 — : Mcf Université Bordeaux 3, Études Japonaises (Spécialisation : Histoire de l’art japonais).
Juil. 2006 — : Pensionnaire à la Maison franco-japonaise, Tôkyô

Bibliographie :
Déc. 1993, « L'Affiche Publicitaire et le Gurafikku Dezain au Japon 1854-1960 », in Association des Professeurs d’Histoire de l’Art et d’Archéologie : Histoire de l'art, n°24, Paris, Documentation Française, pp. 79-91.

Juin 1995, « L'Œuvre Peint de Yokoo Tadanori 1988-1993 », in Japon Pluriel 1 : Actes du Premier Colloque de la Société Française des Études Japonaises, Arles, Philippe Picquier, pp 279-291.

Nov. 1995, « Jiyûna dôbutsu ha sono metsubô wo itsumo haigo ni shite iru » [“La bête libre a toujours sa fin derrière elle”], in On Kawara : « Yokushitsu shirîzu » (Série des “Salle de Bain”, 1953-1954),« Monookigoya shirîzu » (Série des “Resserre”, 1954), « Shikamen » (“Masques Mortuaires”, 1955-1956). Rei Naitô : « Chikyû ni hitotsu no basho » (“Une Place sur la Terre”, 1991), catalogue, Nagoya, Nagoya Art Museum / Nagoya-shiritsu-bijutsukan, pp. 44-60. [En japonais.]

Sept. 1996, « Le Japon et l'Art International 1945-1955 », in L'Extrême-Orient après la deuxième guerre mondiale, « Ateliers », Cahiers de la Maison de la Recherche, n°8, 1996, Lille, Université Charles de Gaulle - Lille III, pp. 37-47.


Bassam Tayara

Les premiers convertis à l’islam au Japon; le religieux entre nationalisme et pan-asiatisme

L’histoire de l’implantation de l’islam au Japon conserve de nombreuses facettes cachées, et nonobstant les efforts de recherches entrepris depuis deux décennies.

Les causes en sont multiples et variées. Il y a tout d’abord le nombre de domaines de recherches où ce phénomène a pu / ou pourrait être abordé.

Si on poursuit ensuite l’histoire des conversions depuis l’ouverture du Japon, chose aisée au regard du nombre restreint de Japonais s’étant convertis dans la première période jusqu’à la fin de l’ère Meiji, nous pouvons dégager les profils, tant intellectuels que politiques, ainsi que les conditions sociales, de ces premiers musulmans japonais.

Après la première guerre mondiale (1914-1918), au sein de ce Japon classé parmi les puissances victorieuses, et à l’ombre de ce qui est convenu d’appeler Taishô demokurashi, un nouveau profil de Japonais convertis à l’islam se dégage et s’affirme et ce jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Nous constatons qu’une vague de convertis issus des forces armées japonaises donne une coloration militantiste à ce mouvement de conversion.

L’intérêt historique de ce phénomène résulte du rapprochement qui s’opère entre les mouvements nationalistes japonais (tels que Ajia kyôkai, Ajia gikai, Kokuryû-kai etc…) et le transfert entre le prosélytisme islamique et les idéologies de ces associations patriotiques.

Les premières conversions furent discrètes et touchaient des Japonais qui fréquentaient des Musulmans étrangers résidents au Japon, peu nombreux, tel le Tatar Abdülrachid Ibrahim, ou bien l’officier égyptien Ahmed Fadhli Bey... Les plus connus furent Toyama Mitsuru (1855-1944) fondateur en 1909 de Ajia gikai (Société pour la cause Asiatique), ainsi que Yamaoka Kôtarô (1880-1959) premier pèlerin en terre d’islam et à La Mecque.

La vague suivante fut le résultat du contact avec l’islam en Chine, où les milieux islamistes étaient très actifs. Ce furent surtout des militaires japonais qui se convertissaient et qui à leur retour au pays essayaient d’élargir leur mouvement.

Avec la conversion de Tanaka Ippei (1882-1934) en 1924, l’islam connut un nouvel élan dans le profil des convertis. En effet Tanaka, qui était un fervent disciple du général Nogi, a passé de longues années en Chine comme interprète au sein de l’armée impériale. Malgré ses contacts fréquents avec les intellectuels chinois musulmans, il ne s’était converti à l’islam qu’en 1923 après son retour définitif au Japon. Dans l’intervalle il avait commencé à écrire sur la « religion d’Allah » sous forme de textes critiques en mettant en parallèle « l’islam en Chine et le shintô impérial » (Shina kaikyô no shôrai to kôkoku shintô), et en introduisant le grand penseur chinois de l’islam Ryû Kairen (Liu Zhi1662-1736) « Le développement de l’islam en Chine et Ryû Kairen » (Shina kaikyô no hatten to Ryû Kairen) etc.…

En dix ans, entre 1923 et 1934, année de sa mort, il s’activa au sein des milieux nationalistes et essaya de promouvoir ce qu’il est permis d’appeler un lobby militaire pro-musulman pour soutenir les ambitions du Japon en Asie. Ce qui donne une coloration particulière à son militantisme et à son combat intellectuel c’est son effort pour créer des rites musulmans japonisés. Il échoua car peu de convertis lui emboîtèrent le pas.

Tanaka disparu, d’autres disciples prirent la relève et formèrent les bases d’un futur islam japonais, modeste par sa taille et ses ambitions. Mais il serait très intéressant de voir pourquoi il y a eu ce rapprochement entre nationalisme japonais naissant et cette religion importée de Chine, dans les conditions de cette époque mouvementée des relations entre le Japon d’une part et la Chine et le monde entier d’autre part.

bassamtayara@wanadoo.fr

Doctorant

INALCO


CV - domaine de recherche
:
Ecrivain-journaliste. Diplômé de mathématiques.

Bibliographie :
DEA de langue et civilisation japonaise à l’Inalco.
Le guide du voyageur au Japon- 1992, 108 p. (arabe/japonais)
Le Système linguistique japonais “Arib”- 1998, 200 p. (arabe/japonais)
Introduction à la Grammaire japonaise. Tokyo, Japan Foundation, 2003, 700 p.
Le Japon et les Arabes, Paris, Median, 2004, 200p. (français)
L'Information aujourd'hui, Analyse linguistique de la presse et des théories modernes de communication, Paris, Al-Bouraq, 2005, 200p. (arabe)

 

 

 

 

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