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Session E « Le Japon du début du XXe siècle : un
monde bouge »
Président : Bernard Thomann (MC, INALCO)
Sandra Schaal
Les ouvrières de lindustrie japonaise des filatures de soie
de la première partie du vingtième siècle : valeurs
familiales et découverte de lindépendance
Women Workers in Prewar Japans Silk Reeling Industry: Family Values
and the Discovery of Independence
La main-duvre employée dans lindustrie des filatures
de soie de la première partie du vingtième siècle était
constituée pour lessentiel de jeunes travailleuses issues de
familles démunies qui quittaient leur village pour la filature où
elles travaillaient et logeaient. Beaucoup dhistoriens critiquèrent
leurs conditions de travail et de vie à lusine et avancèrent
quelles y menaient une existence inhumaine. De ce fait, elles sont
souvent assimilées à des victimes et leur histoire continue
de marquer la mémoire collective japonaise sous lappellation
d« histoire tragique des ouvrières » (jokô
aishi).
Notre démarche a consisté à analyser la manière
dont elles décrivent le monde de lusine et leur condition de
fileuse au travers de létude de témoignages oraux danciennes
ouvrières et de leurs chansons de travail. Les résultats obtenus
montrent quune représentation plus nuancée de leur expérience
est possible.
Dans le cadre de cette communication, nous verrons que peu de fileuses décidaient
daller travailler à la filature de leur propre chef. Cette
décision était fréquemment le fruit de stratégies
familiales complexes, établies non seulement en réponse à
des opportunités ou à des contraintes économiques,
mais aussi en fonction de valeurs internes à la famille prenant leur
source dans sa culture et ses traditions.
Par ailleurs, si le travail de fileuse paraissait pénible et ingrat
à celles qui ne parvenaient pas à produire un fil de qualité,
leur vie douvrière pouvait également comporter des satisfactions
et des plaisirs.
Dabord, vivre à lusine leur donnait loccasion déchapper
à la surveillance parentale. Malgré la forte supervision et
la sévère discipline auxquelles elles étaient soumises
dans les ateliers de travail et dans les dortoirs, elles y jouissaient parfois
dune liberté plus grande que dans leur foyer natal. Ainsi,
alors que lécole et les réseaux de connaissances tissés
par leur famille dans le village et ses environs avaient jusqualors
été leurs seules sources de socialisation, à la filature,
elles pouvaient nouer des amitiés et des relations amoureuses affranchies
du contrôle de leurs parents.
Ensuite, ces jeunes filles issues de populations rurales pauvres découvraient
la fierté de gagner de largent et le plaisir de le dépenser.
Si leur sens aigu du devoir filial leur interdit en général
de faire montre de valeurs individualistes sopposant radicalement
aux intérêts collectifs du clan, ceci nempêcha
pas un certain nombre douvrières de goûter un peu aux
joies de la consommation ou encore aux loisirs modernes quoffrait
la vie urbaine.
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doctorante ATER
INALCO UMB Strasbourg |
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CV - domaine de recherche :
mars 2006 : doctorat ès lettres (spécialité
sociologie), Université de Kyoto (Faculté de Lettres,
Département de Sociologie), Kyoto, Japon avril
2006-août 2006 : chercheur (kenshûin), Université
de Kyoto (Faculté de Lettres, Département de Sociologie),
Kyoto
ATER, Université Marc Bloch (Département dEtudes
japonaises), Strasbourg
Bibliographie :
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Anne Gossot
La contribution du designer Moriya Nobuo au projet de démocratisation
du mobilier de style occidental dans les années vingt
The contribution of Moriya Nobuo to the democratization of Western furniture
in the Twenties
Ingénieur en métiers du bois, diplômé en 1915
de lEcole supérieure dindustrie de Tôkyô,
Tôkyô kôtô kôgyô gakkô, Moriya
Nobuo (1893-1927) commence sa carrière comme décorateur,
au sein de lentreprise de construction Shimizu-gumi. Il y conçoit
laménagement intérieur des riches résidences
de style occidental conçues par larchitecte Tanabe Junkichi,
telle celle de lentrepreneur Shibusawa Eiichi. En 1920, il est envoyé
en Occident, par le ministère de lInstruction Publique, afin
de se former aux techniques et styles les plus actuels du design occidental,
avant dintégrer léquipe pédagogique de
la future École supérieure de design industriel de Tôkyô,
Tôkyô kôtô kôgei gakkô, le premier
établissement public de ce type sur le territoire, qui sera inauguré
en 1922. De retour au Japon, après deux années détude,
à Londres surtout, mais pendant lequel il se rend également
à Paris, Berlin et Chicago, il réalise quelques-unes de
ses uvres maîtresses, telle la « Chambre à coucher
pour la Belle au Bois Dormant », inspirée par le conte de
Grimm, ou encore la « Pièce de travail aux oiseaux »,
conçue daprès The Picture of Dorian Gray dOscar
Wilde, dont lonirisme expressionniste fait écho aux goûts
modernistes de la bourgeoisie fortunée et adepte du « mode
de vie cultivé », bunka seikatsu.
Parallèlement, Moriya Nobuo simplique, avec un regain dintérêt,
dans lamélioration des conditions de vie de la nouvelle classe
moyenne urbaine, sujet qui occupe la société progressiste,
sous la houlette de lEtat, en ces années vingt. La réflexion
de Moriya dans le domaine de laménagement de lhabitat,
alimentée par ses activités dans lenseignement du
design industriel, saccompagne de la publication de nombreux articles
et ouvrages. Dès 1923, il y explore lidée dune
production en grande série de mobilier bon marché, destiné
au grand public, mais de « qualité poétique »
écrira-t-il. Ce projet occupe les dernières années
de sa vie. La mort de Moriya Nobuo linterrompt à la veille
de sa mise en uvre, en 1927.
Le projet sera repris et développé par lentreprise
Keiji-kôbô (1928c.1940), pionnière de la production
industrielle de mobilier occidental, et, comme telle, du design industriel
de biens de consommation au Japon.
La présente communication se propose dexplorer, à
travers les écrits de Moriya Nobuo, les contours de ce que ce dernier
concevait sous les termes de « mobilier occidental poétique
et bon marché » à lusage de la classe moyenne
japonaise des années vingt.
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MC
Université Bordeaux 3
Membre du Groupe de Recherche sur le Japon en Sciences Humaines et
Sociales (GREJA), EA 335 Paris 7 |
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CV - domaine de recherche :
1994 : Doctorat de 3ème cycle, Études Japonaises (Spécialisation
: Histoire du Design du XXe siècle), Université Paris
7.
1996 : Mcf Université Bordeaux 3, Études Japonaises
(Spécialisation : Histoire de lart japonais).
Juil. 2006 : Pensionnaire à la Maison franco-japonaise,
Tôkyô
Bibliographie :
Déc. 1993, « L'Affiche Publicitaire et le Gurafikku
Dezain au Japon 1854-1960 », in Association des Professeurs
dHistoire de lArt et dArchéologie :
Histoire de l'art, n°24, Paris, Documentation Française,
pp. 79-91.
Juin 1995, « L'uvre Peint de Yokoo Tadanori 1988-1993
», in Japon Pluriel 1 : Actes du Premier Colloque de
la Société Française des Études Japonaises,
Arles, Philippe Picquier, pp 279-291.
Nov. 1995, « Jiyûna dôbutsu ha sono metsubô
wo itsumo haigo ni shite iru » [La bête libre
a toujours sa fin derrière elle], in On Kawara : «
Yokushitsu shirîzu » (Série des Salle de
Bain, 1953-1954),« Monookigoya shirîzu »
(Série des Resserre, 1954), « Shikamen
» (Masques Mortuaires, 1955-1956). Rei Naitô
: « Chikyû ni hitotsu no basho » (Une Place
sur la Terre, 1991), catalogue, Nagoya, Nagoya Art Museum
/ Nagoya-shiritsu-bijutsukan, pp. 44-60. [En japonais.]
Sept. 1996, « Le Japon et l'Art International 1945-1955 »,
in L'Extrême-Orient après la deuxième guerre
mondiale, « Ateliers », Cahiers de la Maison de la Recherche,
n°8, 1996, Lille, Université Charles de Gaulle - Lille
III, pp. 37-47.
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Bassam Tayara
Les premiers convertis à lislam au Japon; le religieux entre
nationalisme et pan-asiatisme
Lhistoire de limplantation de lislam au Japon conserve
de nombreuses facettes cachées, et nonobstant les efforts de recherches
entrepris depuis deux décennies.
Les causes en sont multiples et variées. Il y a tout dabord
le nombre de domaines de recherches où ce phénomène
a pu / ou pourrait être abordé.
Si on poursuit ensuite lhistoire des conversions depuis louverture
du Japon, chose aisée au regard du nombre restreint de Japonais
sétant convertis dans la première période jusquà
la fin de lère Meiji, nous pouvons dégager les profils,
tant intellectuels que politiques, ainsi que les conditions sociales,
de ces premiers musulmans japonais.
Après la première guerre mondiale (1914-1918), au sein de
ce Japon classé parmi les puissances victorieuses, et à
lombre de ce qui est convenu dappeler Taishô demokurashi,
un nouveau profil de Japonais convertis à lislam se dégage
et saffirme et ce jusquà la deuxième guerre
mondiale.
Nous constatons quune vague de convertis issus des forces armées
japonaises donne une coloration militantiste à ce mouvement de
conversion.
Lintérêt historique de ce phénomène résulte
du rapprochement qui sopère entre les mouvements nationalistes
japonais (tels que Ajia kyôkai, Ajia gikai, Kokuryû-kai etc
)
et le transfert entre le prosélytisme islamique et les idéologies
de ces associations patriotiques.
Les premières conversions furent discrètes et touchaient
des Japonais qui fréquentaient des Musulmans étrangers résidents
au Japon, peu nombreux, tel le Tatar Abdülrachid Ibrahim, ou bien
lofficier égyptien Ahmed Fadhli Bey... Les plus connus furent
Toyama Mitsuru (1855-1944) fondateur en 1909 de Ajia gikai (Société
pour la cause Asiatique), ainsi que Yamaoka Kôtarô (1880-1959)
premier pèlerin en terre dislam et à La Mecque.
La vague suivante fut le résultat du contact avec lislam
en Chine, où les milieux islamistes étaient très
actifs. Ce furent surtout des militaires japonais qui se convertissaient
et qui à leur retour au pays essayaient délargir leur
mouvement.
Avec la conversion de Tanaka Ippei (1882-1934) en 1924, lislam connut
un nouvel élan dans le profil des convertis. En effet Tanaka, qui
était un fervent disciple du général Nogi, a passé
de longues années en Chine comme interprète au sein de larmée
impériale. Malgré ses contacts fréquents avec les
intellectuels chinois musulmans, il ne sétait converti à
lislam quen 1923 après son retour définitif
au Japon. Dans lintervalle il avait commencé à écrire
sur la « religion dAllah » sous forme de textes critiques
en mettant en parallèle « lislam en Chine et le shintô
impérial » (Shina kaikyô no shôrai to kôkoku
shintô), et en introduisant le grand penseur chinois de lislam
Ryû Kairen (Liu Zhi1662-1736) « Le développement de
lislam en Chine et Ryû Kairen » (Shina kaikyô
no hatten to Ryû Kairen) etc.
En dix ans, entre 1923 et 1934, année de sa mort, il sactiva
au sein des milieux nationalistes et essaya de promouvoir ce quil
est permis dappeler un lobby militaire pro-musulman pour soutenir
les ambitions du Japon en Asie. Ce qui donne une coloration particulière
à son militantisme et à son combat intellectuel cest
son effort pour créer des rites musulmans japonisés. Il
échoua car peu de convertis lui emboîtèrent le pas.
Tanaka disparu, dautres disciples prirent la relève et formèrent
les bases dun futur islam japonais, modeste par sa taille et ses
ambitions. Mais il serait très intéressant de voir pourquoi
il y a eu ce rapprochement entre nationalisme japonais naissant et cette
religion importée de Chine, dans les conditions de cette époque
mouvementée des relations entre le Japon dune part et la
Chine et le monde entier dautre part.
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bassamtayara@wanadoo.fr
Doctorant
INALCO |
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CV - domaine de recherche :
Ecrivain-journaliste. Diplômé de mathématiques.
Bibliographie :
DEA de langue et civilisation japonaise à lInalco.
Le guide du voyageur au Japon- 1992, 108 p. (arabe/japonais)
Le Système linguistique japonais Arib- 1998,
200 p. (arabe/japonais)
Introduction à la Grammaire japonaise. Tokyo, Japan Foundation,
2003, 700 p.
Le Japon et les Arabes, Paris, Median, 2004, 200p. (français)
L'Information aujourd'hui, Analyse linguistique de la presse et
des théories modernes de communication, Paris, Al-Bouraq,
2005, 200p. (arabe)
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