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Session G
Session G : « Le philosophe face à la nature »
Président : Jacques Joly (Professeur, Université dEichi)
Britta Boutry-Stadelmann
La nature, composante du monde, et la consommation, attitude humaine envers
le monde
Le mot nature est la traduction d'un composé de kanji qui se lit
ziran en chinois et qui peut se lire shizen ou jinen en japonais. A cette
double lecture, on peut faire correspondre un double sens : la nature
objet des sciences et opposée à la culture ; et la nature
au sens de cosmos, au sens de tout ce qui existe tel quil est, à
savoir spontanément.
Nishida utilise le terme dans les deux sens. Lorsquil sagit
de la « nature » intact, elle est une partie du monde.
Et le monde, pour Nishida, nest pas « neutre »
ni purement matériel en face de nous ; nous ne serions pas en
mesure de connaître un tel monde qui se présenterait sans lien
avec notre mental. Dès que nous connaissons, nous sommes déjà
glissés dans le monde matériel. Mental et matière ont
déjà des points de communication.
Le sujet nest pas détaché du monde, il nest pas
un observateur hors du monde, mais il en fait partie. Nous avons un point
de vue sur ce monde, et nous transformons ce même monde, qui par ricochet
nous modifie. Chacun de nous est ainsi observateur, créateur et élément
subissant laction du monde.
Une fois aboli lidée dun monde statique en face dun
sujet extérieur, et posé le fait que le monde et le moi forment
un ensemble dynamique, il est intéressant danalyser, sur cette
base, linteraction monde - moi. Cette interaction, Yamazaki la décortique
sous langle de la consommation quil contraste avec la production.
Dès quon considère le monde non pas comme un objet,
la nature devient un interlocuteur, lattitude de consommaion prend
une allure de communication avec le monde, et le rythme de la consommation
- telle que la définit Yamazaki - permet la rencontre avec autrui.
La réflexion de Yamazaki pourrait se prêter à un discours
sur le respect pour lenvironnement, mais le volet qui lintéresse,
cest davantage léchange convivial entre humains. Or,
le lecteur-interprète peut se demander si le respect pour autrui
nest pas indissociable du respect pour le monde (et qui dit monde,
dit « nature » au sens large).
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britta.boutry-stadelmann@lettres.unige.ch
Dr ès lettres
Université de Genève (Suisse) |
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CV - domaine de recherche :
Etudes de Japonais, de Littérature française, et de
Philosophie à luniversité de Genève (1982-89),
à l INALCO (1990-91) et à luniverité
de Kyôto (1991-93). Thèse de doctorat sur « La
création artistique dans Nishida Kitarô (1870
1945) ». Traduction complète avec glossaire de
Art et morale (Geijutsu to dôtoku, 1923). Depuis 1999 chargée
denseignement à luniversité de Genève,
Unité de Japonais. Depuis 2003 co-organisatrice du groupe
CEJ « Philosophie dans le Japon moderne ».
Bibliographie :
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Pauline Couteau
La théorie du milieu chez Watsuji Tetsurô : une perspective
éthologique.
Watsuji Tetsurôs theory of milieu : an ethological point of
view
Résumé : Dans quelle mesure la théorie du milieu
de Watsuji qui saccompagne nécessairement dune éthologie
peut-elle nous aider à penser autrement notre rapport au milieu
dans sa singularité ? Ce questionnement constitue lhorizon
de notre intervention qui se déploie à travers lanalyse
des moments mis en oeuvre par Watsuji dans sa pensée du milieu,
pour nous ouvrir aux possibilités dune philosophie
écologique.
La relation de lêtre humain à la nature est pensée
par Watsuji Tetsurô à travers le concept de fûdo, qui
cristallise sa réflexion sur linterdépendance de lhumain
et de son milieu. Dès lintroduction de louvrage intitulé
Fûdo, il distingue dans la nature (shizen), le milieu (fûdo)
de lenvironnement (kankyou). Au sein de ces espaces vivants et vécus,
le rapport à la nature ne peut être envisagé de la
même façon, les subjectivités en jeu étant
différentes et complémentaires. En effet, lenvironnement
est considéré comme un espace objectif, mesurable, là
où le milieu serait vécu par les sujets corporals (shutai)
dans une détermination réciproque entre lêtre
humain et le milieu qui le soutient. Les sujets éprouvent le milieu
et sont éprouvés par lui; ils le construisent en étant
construits par lui. Cette interaction est elle-même influencée
par linterprétation quont les hommes de ce milieu,
par les réponses singulières quils apportent pour
vivre en harmonie au sein de la nature. Cette réciprocité
entre milieux et êtres humains sactualise alors dans des communautés
fondées, non sur une rivalité dinstincts, mais sur
des affinités, unies par une expérience partagée
du milieu.
La relation au milieu est caractérisée par une double exigence,
dordre éthique dune part et esthétique de lautre.
Éthique, car elle est la règle de lexistence humaine
dans sa structure duelle. Elle est et doit être à travers
la réalisation du mouvement de négation au sein de lhumain,
négation du groupe, de ce qui passe entre, pour affirmer son individualité
qui est elle-même niée, négation de la négation
qui signe laffirmation de son appartenance à un tout en tant
que singularité. Cette exigence est aussi dordre esthétique.
En effet, le sujet étant corporel, cest par la sensibilité
tout dabord que lhumain est relié à lautre.
Lautre étant lautre homme mais aussi le milieu au fondement
de linteraction humaine, dans la perspective de lêtre
humain, ningen, conçu comme un être vers la vie
(sei e non sonzai). Cet étre vers la vie se perpétue,
au-delà de la disparition du corps individuel, dans une transmission
spatiale et temporelle, ou plus précisément médiale
et historiale, au sein de la communauté qui a en partage un même
milieu. Cette communauté fraternelle sexprime de façon
essentielle à travers la culture comprise comme activité
de production, (ou créativité) et dans ce qui est produit,
les biens culturels. À travers le geste créateur de lartiste
sexprime un ressenti de la communauté, lexpression
des affects individuels est mis en partage dans la production artistique,
qui se fait le témoin dune appréhension du milieu,
dans sa double dimension, spatiale et temporelle à la fois.
La conception de lêtre humain comme être vers la vie
mise en valeur par Watsuji suppose un faire-attention à
lintérité, qui engage lici-et-maintenant
de lexistence de chaque être humain, mais aussi des générations
futures dans la mesure où lexistence humaine est interrelationnelle
(aidagarateki sonzai). Linstant est alors lieu de construction ;
il signe la mise en relation du passé et du futur dans le maintenant
vécu. Cette pensée nous engage à ne pas détruire
le milieu de vie au nom dintérêts individuels finis,
mais à se situer, comme lieu de passage, dans une perspective qui
déborde celle de lindividu.
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Doctorante
EHESS |
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CV - domaine de recherche :
2005 Doctorante à lEcole des Hautes Etudes en Sciences
Sociales
2004 Bourse de la Fondation du Japon, séjour de 4 mois
- Obtention du DEA avec la plus grande distinction.
2002-2003 : DEA (Diplôme dEtudes Approfondies), spécialisation
Philosophie et Culture, à lUniversité Libre
de Bruxelles (ULB).
2002 : Licence en philosophie, grande distinction (ULB)
2000 Deug de philosophie, Université de Rennes.
Bibliographie :
« Une relecture critique des vues francophones sur la
notion despace de Watsuji », in Philosophes dans
le Japon Moderne, sous la direction de Jacynthe Tremblay, Parution
prévue en 2007, CNRS Éditions.
« Fûdosei, as the existential locus of historiality
: How betweenness makes our present alive. Actes du colloque
« Cultural memory and cultures in transition» à
Vilnius. 2006
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Akinobu Kuroda
La nature qui sexprime au cur même du monde de la réalité
historique La pensée de la vie dans la philosophie du dernier
Nishida
Nature self-expressing in the depths of the world of historical reality
Thought of life in the philosophy of last Nishida
La pensée de la vie de Nishida se développe en particulier
à partir de la deuxième moitié des années
1930. Un ouvrage joue le rôle de source dinspiration : J.
S. Haldane, The philosophical basis of biologie, paru en 1931. La pensée
de la vie du dernier Nishida, développée à partir
de « La logique et la vie » jusquà « La
vie », est apparemment conçue sur la base de lorganicisme
de Haldane.
Nishida trouve une résonance entre la logique du basho et la théorie
physiologique de la vie de Haldane. Dans la perspective que présente
cette dernière, la vie nest pas une substance existant en
soi indépendamment du milieu. Elle doit être, au contraire,
saisie dans un lieu prédicatif, où un organisme et son milieu
effectuent des actes réciproques, autrement dit dans une sphère
où sentretiennent des rapports spécifiques résultant
de larticulation du lieu même. Ces actes réciproques
et ces rapports spécifiques correspondent effectivement à
ce que Nishida appelle « lacte de formation par lequel le
monde se détermine lui-même ». Dans « La logique
et la vie », tout en sen réclamant explicitement, Nishida
sefforce de développer la thèse physiologiste de Haldane
en la paraphrasant à sa propre manière. Mais dans sa description
apparemment très fidèle à la pensée de Haldane,
Nishida avance une interprétation particulière qui vient
de sa propre vision du monde de la vie.
Nishida revendique aussi la thèse de Haldane, selon laquelle «
la vie est une nature sexprimant elle-même comme un tout caractéristique
nayant aucune limite spatiale ». Selon Nishida, il sagit
de la vie en tant qu« auto-expression de la nature trans-spatiale
»(NKZ XI 309). Dans ce passage, « une expression singulière
de la nature elle-même » correspond à cette idée.
Lidée de Haldane, selon laquelle la vie est saisie comme
auto-expression de la nature, saccorde parfaitement avec lidée
du denier Nishida, selon laquelle le monde de la réalité
historique nest autre que le monde expressif.
Si la vie na pas de limite spatiale, cela signifie que le corps
vivant effectue les échanges entre milieux intérieur et
extérieur à travers les activités métaboliques,
de sorte que lactivité vitale ne peut pas être enfermée
à lintérieur des limites physiques du vivant individuel.
La vie consiste effectivement dans les rapports entre la structure spécifique
et son milieu. Ces rapports constituent les fonctions vitales, qui sexpriment
sous la forme propre à chaque espèce forme concrétisée
singulièrement en sappropriant, chaque espèce à
sa manière, la base matérielle. Cest ainsi que «
la forme des vivants et leurs fonctions sont inséparables. »
Nishida adopte ainsi la notion de « forme » pour concept clef
de sa dernière philosophie à partir de cette notion biologique
de forme. Lorsquil dit que « la structure dun corps
vivant doit être fonctionnelle ; la forme nest pas concevable
sans fonction, et vice versa »(NKZ VIII 317), il sagit encore
une fois du caractère inséparable de la forme des vivants
et de leurs fonctions. Or, la notion de forme nishidienne sélabore
de telle manière que la forme détermine les rapports mêmes
entre structure et milieu, tout en contenant en soi-même lacte
consistant à « créer une forme ». Ainsi la notion
de forme se métamorphose-t-elle à partir de lidée
biologiste adoptée pour base théorique de la pensée
de la vie de Nishida, jusquà lidée ontologique
de forme permettant dédifier la logique de la vie historique.
Cest précisément par cette métamorphose que
la pensée de la vie de Nishida proprement dite prend une forme
mûre. Cette transmutation philosophique remarquable nest pas
encore absolument explicite dans « La logique et la vie »,
mais dans « La vie », la notion ontologique de forme parvient
à être définie par une expression rigoureusement déterminée
en rapport avec la notion éminemment nishidienne dauto-identité
contradictoire.
Cest de la sorte que la pensée organiciste de Haldane est
intégrée dans la pensée de la vie proprement nishidienne,
en vertu des notions originales qui composent la vision du monde de la
vie historique. En disant qu« une forme sentretient
elle-même », Nishida se réfère à la thèse
de Haldane selon laquelle lorganisme entretient activement une structure
spécifique normative dans linteraction avec son milieu, à
savoir selon quoi la forme et la fonction sont inséparables lune
de lautre. Ce caractère inséparable consiste effectivement
dans le fait que concourent deux vecteurs opposés, tels que stabilité
et mobilité, unification et diversification, autonomie et dépendance.
Il sagit précisément des rapports dynamiques que Nishida
nomme « auto-identité contradictoire ». Cette concurrence
entre deux vecteurs opposés engendre un équilibre dynamique,
qui donne naissance à une forme spécifique. Nishida définit
cette genèse de forme en disant que « la forme se détermine
elle-même ».
La forme nest pas une substance fixée une fois pour toutes,
mais elle est un état déquilibre temporellement limité,
produit par la concurrence entre des vecteurs opposés. La vie consiste
dans leffort dentretenir activement un tel état foncièrement
variable et parfois instable. Elle constitue effectivement un état
déquilibre dynamique, au sens où cet état est
toujours exposé au danger de décomposition. Nishida voit
la créativité de la vie historique dans le fait que le soi
agit sur un objet en vertu de lintuition-action, afin dentretenir
cet état déquilibre dynamique, de sorte quil
transforme concrètement et pratiquement le monde aussi bien que
lui-même en vertu de la poïêsis.
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akinobukuroda@wanadoo.fr
MC
Université de Cergy-Pontoise |
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CV - domaine de recherche :
Bibliographie :
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Takako Saito
La nature : lorigine de lhomme selon Nishitani Keiji
Nature : the Origin of Man according to Nishitani Keiji
Lobjectif de ce travail consiste à élucider la notion
de nature (shizen) chez Nishitani Keiji (1900-1990) à partir de
ses textes des années 1960 et 1970 pour rendre compte des relations
quil établit entre la nature et lhomme.
Pour Nishitani, lenvironnement culturel est constitué de
milieux déterminés ayant une quelconque finalité
fixée par les hommes. Un homme se trouvant dans un milieu culturel
donné voit immédiatement le sens et le but des travaux qui
lentourent. Cest le monde où les hommes étant
maîtres du tout peuvent comprendre toutes les raisons de leur travail.
Ils occupent ainsi une position de dominateur sur lenvironnement.
Cependant, cette position est fondamentalement artificielle et même
superficielle, dautant plus que ce comportement d «
être dominateur sur le milieu » nest pas, selon ce philosophe,
le véritable mode de vie de lhomme.
Or, lenvironnement naturel est défini par lui comme ce qui
est hors de portée de la compréhension rationnelle humaine.
Lhomme ne voit ni ses fins, ni son fondement, ni sa grandeur. La
nature existe tout simplement, là, telle quelle est (arinomama).
Les animaux ou les plantes sauvages sont également là, de
la même manière. Les hommes ne connaissent pas la finalité
de leur existence. Ainsi, la nature transcende lhomme. Cependant,
on peut dire que les hommes sont également fruits de la nature
aussi bien que les animaux ou les plantes, dans la mesure où lêtre
humain ne comprend pas de lui-même la véritable raison de
son existence et existe tout simplement, là, tel quil est.
En outre, quand un homme se trouve dans un milieu naturel, ce dernier
peut réveiller en lui sa façon authentique de vivre, à
savoir sans mensonge vis-à-vis des autres ou de lui-même.
Finalement nous verrons que Nishitani considère la nature comme
origine de la vie humaine et que la destruction de celle-là causée
par légocentrisme humain peut fort bien signifier la mort
de lhumanité. Lhomme sera donc invité à
ne pas prendre une position dominatrice sur la nature, mais dabord
à létudier humblement, telle quelle est, puis
à laccepter pour quelle puisse retrouver sa façon
authentique de vivre. Quand la nature revivra librement, lhomme
à son tour revivra librement.
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MC
Université du Havre et CEJ |
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CV - domaine de recherche :
Depuis 1998 à lInstitut des Langues et Civilisations
Orientales de la Faculté à lUniversité
du Havre. 2001-2002 à lUniversité Paris 7. 1998-2001
à lEcole Polytechnique. 1991-1994 à lInalco.
THEMES DE RECHERCHE Recherche sur certains philosophes japonais
des XIXe et XXe siècles notamment sur les questions de labsolu,
de laltérité et sur le problème de traduction.
Bibliographie :
« La problématique du ri et la philosophie occidentale
selon Nishi Amane », Cipango, n°13, 2006, p.78-100.
« La question de lindividu et du tout chez Watsuji,
Kuki et Nishida », Japon Pluriel 4, Actes du quatrième
collque de la Société française des études
japonaises, 2001, Phillipe Picquier.
« La Question du temps dans la pensée de KUKI»,
thèse de doctorat en philosophie, soutenue en janvier 1999
à lUniversité de Paris I-Panthéon-Sorbonne.
« Le Sens du présent chez Satomi TAKAHASHI »,
Cipango n°2, Inalco, Paris, 1993, p. 139-152.
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Mayuko Uehara
Dela nature (shizen) au mileiu (kankyo) selon Nishida Kitaro
From Nature to Environment in Nishida Kitaro
La véritable question du rapport entre le milieu (kankyô)
et lhumain (ningen) ne remonte quaux années 1970 dans
la société japonaise. Ces dernières années,
lhumain perd confiance dans le milieu où il vit, en conséquence
de sa poursuite excessive du profit économique, ou de la diffusion
généralisée de la haute technologie, quil ne
peut plus contrôler. La question sociale du Japon, sans cesse posée,
est en effet très actuelle aujourdhui puisque lhumain
et le milieu évoluent inséparablement.
Le terme de kankyô qui traduit « environnement », «
milieu » ou « environement » est intégré
dans le vocabulaire scientifique japonais pendant lépoque
Meiji. Lacception de kankyô concerne alors plutôt lextériorité
de lêtre vivant. En philosophie, Nishida place ce néologisme
au sein de la conceptualisation du sujet vivant (shutai), remplaçable
par ningen selon sa terminologie, dans la dernière moitié
des années 1930. Le rapport entre le sujet vivant et le milieu
sétablit suivant la logique de lidentité absolument
contradictoire de soi (zettaimujunteki jikodôitsu), la dialectique
nishidienne du se déterminer, où le sujet vivant ne peut
pas toujours se donner la subjectité (shutaisei), et où,
de même, le milieu ne se contente pas toujours dêtre
objectivé ou extériorisé par le premier. Ils se créent
en jouant en alternance ces deux rôles.
Comment Nishida est-il amené à y introduire la notion de
contradiction, qui permet au milieu deffacer lextériorité
devant le sujet vivant ? Nous pouvons en fait apercevoir une source de
sa conception dans la notion de nature que traduit shizen. Ce dernier
qui marque la polysémie formée par la double tradition extrême-orientale
(la spontanéité) et occidentale (lexistence objective
au sens des sciences naturelles), produit un troisième sens réconciliant
les deux premiers. Doù la confusion dans la compréhension
chez les gens de lépoque Meiji. Mais Nishida, quant à
lui, très conscient de cette envergure sémantique, saisit
shizen en lui conférant une envergure cognitive. Le shizen est
ainsi comparé à la réalité, dans laquelle
aucun des deux points de vue, ni subjectif ni objectif, nintervient,
puis à différents états de la réalité,
analysée suivant lévolution du sujet et de lobjet.
On peut ainsi découvrir loriginalité du shizen nishidien.
La présente communication consistera à étudier le
chapitre intitulé « Shizen » dans les Études
sur le bien (1911), luvre inaugurale de Nishida, afin dexaminer
comment son interprétation de shizen marque de son empreinte le
rapport contradictoire du milieu et du sujet vivant. Dautre part,
nous présenterons une perspective sur la possibilité dun
rôle pratique de la philosophie, en nous demandant si la dialectique
nishidienne pourra contribuer de manière ou dune autre à
la société japonaise actuelle, en laquelle lhumain
perd confiance.
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mayuko@wanadoo.fr
ATER
Université Lyon 3 |
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CV - domaine de recherche :
2004 Doctorat en Philosophie et Sciences Sociales (option : traductologie).
École des Hautes Études en Sciences Sociales (E.H.E.S.S.).
Titre de la thèse : Traduire la philosophie japonaise. Formation
des concepts et transformation de la langue dans luvre
de Nishida Kitarô : sa traduction en français.
1999-2000 Licence de Français Langue Étrangère
(F.L.E.). Université Stendhal Grenoble 3.
1994-1995 D.E.A. dHistoire et Civilisations. École
des Hautes Études en Sciences Sociales. Titre du mémoire
: Sujet et subjectivité dans « Basho » de Nishida
Kitarô.
1992-1994 Maîtrise de Lettres Modernes. Université
Paris 7. Titre du mémoire : Langue et mentalité collective
: les concepts de sujet et dindividu français et japonais.
"
Bibliographie :
Article en français
2006 « Kuki Shûzô, philosophe japonais à
Paris dans les années 1920. Une réflexion sur la rencontre
avec lautre », Deuxième Congrès du Réseau
Asie (septembre 2005, Paris), Maison des Sciences de lHomme,
à paraître sur le site dinternet http://www.reseau-asie.com.
2004 Publication de la communication « La quête de lidentité
japonaise au temps de la modernisation : le cas du philosophe Kitarô
Nishida », Premier Congrès du Réseau Asie (septembre
2003, Paris), Maison des Sciences de lHomme, http://www.reseau-asie.com
(Communication de Mayuko Uehara PDF). mage de lau
1999 Publication de la communication « Problématique
de la traduction des expressions <ishiki suru ishiki> et <ishiki
serareta ishiki> dans luvre de Nishida Kitarô
» in Japon pluriel 3, Actes du troisième colloque de
la Société française des études japonaises
(Paris, 1998), Paris, Éditions Philippe Picquier, pp. 199-209.
Traduction
2006 Publication de la traduction japonaise des articles, «
État des études sur la pensée japonaise en
France » (Frédéric Girard) et de « Létude
de la philosophie japonaise contemporaine en francophonie »
(Bernard Stevens) in Japanese Philosophy Abroad (dir. James W. Heisig,
Nagoya, Nanzan, 2004), dir. James W. Heisig, Nihon tetsugaku no
kokusaisei, Nagoya, Kyôto, Sekaishisô sha, pp. 3-55.
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ⓒ2002-2011 - SOCIETE FRANCAISE DES ETUDES JAPONAISES
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