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Session H : « Le manga, un objet de recherche
universitaire multiforme »
Président : non défini
Olivier Vanhee
La production dune « culture manga » en France :
une analyse sociologique de la pluralité des modes dappropriation,
des savoirs et des pratiques liés au manga
The Production of a « Manga Culture » in France : A Sociological
Analysis of the Plurality of Receptions, Knowledges and Practices about
Manga in France
Les succès éditoriaux et la diffusion massive des bandes
dessinées japonaises en France ont fait de ce média un vecteur
désormais essentiel des transferts culturels franco-japonais. Associés
à une constellation de supports issus de la culture médiatique
japonaise, les mangas ont en effet acquis une place significative dans
les pratiques culturelles des Français. Lanalyse de leur
réception en France, des appropriations multiples dont ils ont
fait lobjet, est donc révélatrice des enjeux et des
logiques culturels (et interculturels) à luvre depuis
une vingtaine dannées en France. On choisira ici de construire
lobjet « manga » du point de vue dune sociologie
de la réception : on considèrera ainsi que le sens dun
bien symbolique résulte en partie de linteraction historiquement
et culturellement située entre ce bien et lusager qui se
lapproprie (que ce dernier soit lecteur, spectateur ou auditeur).
On sattachera ainsi à explorer les médiations, les
catégories de perception (prismes culturels, stéréotypes
),
les discours et les pratiques qui ont encadré, préfiguré,
ou prolongé la lecture de mangas. La question posée est
celle des conditions qui ont rendu lisibles et visibles les mangas en
France, dans lespace public, dans le paysage culturel, et au niveau
les formes individuelles ou collectives dappropriation. Il sagira
donc de savoir en quoi les discours, les savoirs, les activités
élaborés autour des mangas constituent une forme de «
capital culturel », qui sinscrit dans un processus plus large
de renouvellement des hiérarchies culturelles en France.
Deux aspects de ce processus interculturel de réception des mangas
en France seront plus précisément développés
et documentés dans cette communication. Dans un premier temps,
on tentera danalyser le réseau des « entrepreneurs
culturels » et des « institutions » du manga, en retraçant
brièvement les luttes symboliques entre les différents acteurs
attachés à la définition de ce phénomène
depuis lintroduction polémique des mangas en France jusquaux
processus actuels de légitimation et de professionnalisation (fans
et connaisseurs, amateurs et professionnels, éditeurs et chaînes
de télévision, médias
).
Le second moment de lanalyse permettra de retracer des trajectoires
et des processus de socialisation lectorale à partir dentretiens
approfondis menés avec une vingtaine de lecteurs de mangas. Lenjeu
de cette communication sera ainsi dexaminer comment, sur une même
séquence historique, les interactions entre ces deux niveaux danalyse
(mécanismes de structuration dune offre culturelle dun
côté, formes dappropriation culturelle individuelles
de lautre) ont produit des expériences différenciées
de la lecture de mangas. On sinterrogera sur les formes de construction,
dexpression et de mobilisation de ce « capital culturel »,
dans des contextes variés, et sur le poids croissant accordé
à la connaissance du Japon, aux spécificités graphiques
et culturelles des mangas, aussi bien dans les discours tenus par les
lecteurs que dans les discours médiatiques et dans les pratiques
éditoriales.
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oliviervanhee@yahoo.fr
Allocataire Moniteur Normalien et Doctorant
Ecole Normale Supérieure de Lettres et Sciences Humaines, Lyon |
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CV - domaine de recherche :
2005-2006 : Allocataire Moniteur Normalien au département
de sociologie de lEcole Normale Supérieure de Lettres
et Sciences Humaines de Lyon (animation dun séminaire
de formation à la recherche sur la sociologie de la culture
et de la réception, préparation des thèmes
de lagrégation de sciences économiques et sociales).
Doctorant en sociologie au Groupe de Recherches sur la Socialisation
(ENS LSH Lyon 2) sous la direction de Bernard Lahire, sur
« les manières de lire les mangas ».
2004-2005 : DEA de sociologie et danthropologie, ENS
LSH Université Lyon 2, mention très bien
2002-2004 : Lecteur de français à la London School
of Economics and Political Science, Londres 2002 : agrégation
de sciences économiques et sociales
Bibliographie :
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Béatrice Maréchal
Le rôle de l'édition alternative dans le fonctionnement du
marché éditorial du manga
La bande dessinée japonaise prend forme à la fin du XIXe
siècle à travers la presse. Dans la première moitié
du XXe siècle, les enfants en deviennent les lecteurs privilégiés,
puis, durant la seconde moitié du XXe siècle, la production
s'élargit aux jeunes et aux adultes. Comment ce marché fonctionne-t-il
?
En s'attardant sur les décennies postérieures à la
seconde guerre mondiale, nous verrons que la coexistence, puis l'imbrication
de deux mondes éditoriaux ont engendré de nouveaux modèles
narratifs et formels. En fait, une relation dialectique s'est nouée
entre l'édition alternative terme anachronique pratique
pour désigner l'ensemble des petites structures de publication
et de leur diffusion et les grandes maisons. Nous verrons donc
comment des transformations se sont successivement opérées
depuis l'édition des bandes dessinées rouges à celle
du story manga sur la période 1945-1955, du gekiga au magazine
Garo pour la période 1955-1965, aux publications adultes, allant
ainsi jusqu'aux années 1990 en apportant un plus juste éclairage
sur le rôle joué par l'édition alternative.
Ce parcours historique nous permettra de mieux cerner les raisons du dynamisme
de ce marché, et nous amènera, au final, à soulever
une question importante en regard de ce début de XXIème
siècle : Quelle est la place de l'édition alternative japonaise
aujourd'hui ?
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CV - domaine de recherche :
Bibliographie :
Premier semestre 2006 : Sai Comics, volume 2, Séoul ;
Corée Intitulé : « Penetrating the Dream and
Asking the Essence », pp. 220-235
Juin 2005 : Doctorat en sciences du langage, option arts et littératures,
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris Thèse
intitulée : « Moi tel qu'en soi même Le
moi narratif dans la bande dessinée : les fondateurs japonais
»
Décembre 2005 : Strapazin, n°81, Strapazin, Munich Intitulé
: « Garo Ein Alternatives Mangamagazin », pp.
51, 55.
Février 2005 : The Comics Journal, special edition, volume
5, Fantagraphics Books Seattle U.S. Intitulé : « On
Top of the Mountain The influential Manga of Yoshiharu Tsuge
», pp. 22-27.
Automne 2004 : Bang !, n°8, Casterman-Beaux Arts, Paris Intitulé
: « Tatsumi Yoshihiro, autobiograhie du gekiga », pp.
8-16.
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Jean-Paul Jennequin
TEZUKA Osamu : la politique dun auteur
TEZUKA Osamu : one auteurs policy
TEZUKA Osamu (1928 1989) a révolutionné la bande
dessinée japonaise daprès-guerre, tant du point de
vue de la forme que de celui du contenu. Conscient de lévolution
rapide des goûts du public, il sest efforcé durant
toute sa carrière de rester un auteur populaire sans pour autant
se renier. Ainsi, une série comme Dororo (1967-68) est à
la fois une histoire de monstres et un récit dépoque,
genres alors à la mode, et lexpression de thèmes récurrents
chez lauteur.
Cet exposé se propose dexaminer les stratégies qui
ont permis à Tezuka de rester sous lil du public tout
en demeurant fidèle à ses thèmes de prédilection,
et même en tirant profit de lévolution du marché
pour les développer dans de nouvelles directions. Quel parti Tezuka
tire-t-il du passage des akahon manga dOsaka aux mensuels de Tokyo ?
Comment réagit-il au succès des gekiga issus des bibliothèques
payantes ? Dans quelles directions évoluent ses thématiques
lorsquil sadresse à un lectorat adulte à partir
des années 1960 ?
A titre dexemple, nous examinerons le thème de la différence
(un individu différent des autres) et son évolution à
travers des uvres publiées de la fin des années 1940
à la fin des années 1980 dans des supports aussi divers
que le livre rouge, le mensuel jeunesse, lhebdomadaire pour adolescents,
la revue pour adultes ou la presse généraliste.
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jean-paul.jennequin1@libertysurf.fr
Doctorant
Paris 7 |
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CV - domaine de recherche :
DEA de civilisation américaine. Traducteur anglais-français
spécialisé dans le domaine de la bande dessinée.
Auteur de l Histoire du comic book (Vertige Graphic).
Master de japonais. Collaborateur à diverses revues sur la
bande dessinée.
Bibliographie :
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Xavier Hébert
L'origine formelle du manga moderne
The formal Origin of Modern Manga
Depuis plus dune décennie, la bande dessinée japonaise
a su séduire hors de ses frontières. Au-delà de sa
diversité et de son esthétique graphique, cest avant
tout grâce à une narration privilégiant le visuel
que le manga a conquis le public. Mais quel en est le point de départ
? Comment cette tendance sest-elle développée ?
On attribue lorigine du manga moderne à Tezuka Osamu (1928-1989).
Son rôle fut déterminant durant les années cinquante
et soixante dun point de vue graphique et thématique. Or,
si Tezuka reste un modèle, cest pour avoir élaboré
une forme particulière de mise en scène qui a fait école
et qui perdure dans une grande majorité de la production actuelle.
Fortement marqué par les films occidentaux et le dessin animé,
Tezuka a imaginé très tôt un style de narration dynamique,
intégrant les codes du langage cinématographique. Dès
ses débuts, il a la chance de pouvoir développer ses récits
sur des centaines de pages grâce aux « akahon »
(livres dont la pagination était relativement libre). Puis, il
impose progressivement son style dans les magazines de manga en sadaptant
aux divers formats (feuilletons, récits courts). A lorée
des années soixante, la spécificité de sa narration
visuelle » devient un standard. Quand Tezuka se lance dans
la production de séries animées, il recycle cette « grammaire
visuelle » pour en enrichir la mise en scène, et faire
oublier les faiblesses de « lanimation limitée »
à laquelle il doit avoir recours. La formule fait ses preuves et
sera reprise, puis améliorée par dautres studios.
Liant étroitement manga et animation (télévisée),
lesthétique narrative dérivée du « style
Tezuka » a touché plusieurs générations
de créateurs au Japon et sest même exportée.
Force est de constater quelle a investi les modes de représentation
de certains films asiatiques ou hollywoodiens, et a influencé à
des degrés divers les bandes dessinées américaines,
coréennes ou franco-belges.
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hebertx@hotmail.com
Doctorant
Paris 7 |
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CV - domaine de recherche :
Bibliographie :
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Jean-Marie Bouissou
La problématique de lidentité japonaise et de lordre
international au miroir du manga : Gunnm, de Kishiro Yukito
Gunnm (alias Battle Angel Aliya), de KISHIRO Yukito, publiée de
1990 à 1993, est une série cyberpunk. Considérée
au Japon plutôt comme un manga pour fans spécialisés,
elle a trouvé en France un large public.
Cette communication se propose danalyser en mettant de côté
tout questionnement relatif à une quelconque « intentionnalité »
de lauteur lun des sous-textes de Gunnm, qui reflète
à sa manière, mais très fidèlement, lexpérience
historique de la relation du Japon et du monde depuis la fin du 19e siècle,
et met le problème de lidentité au centre de cette
relation.
A un premier niveau, Gunnm duplique lhistoire du Japon contemporain
à travers le récit de la révolte, menée par
un Japonais, dun Tiers-Monde (la Décharge), où se
mêlent toutes les races, contre un monde dominant daspect
majoritairement anglo-saxon (Zalem), dont les Japonais ont été
rejetés. Cette révolte pour libérer la Décharge
est dabord victorieuse avant dêtre anéantie par
une formidable arme inconnue parabole quil nest
pas besoin dexpliciter
Le point commun aux personnages qui symbolisent le Japon est davoir
perdu leur identité, pour trois raisons : tentative manquée
pour intégrer le monde blanc développé, défaite
à la guerre, déchirement entre désir de guerre et
désir de paix. Les stratégies utilisées par lhéroïne
pour reconstruire la sienne (la violence à légard
dautres habitants de la Décharge, la domination établie
sur eux par la compétition, lacceptation dune place
subordonnée dans lordre dominé par les blancs, le
repli dans le refus de « jouer le jeu du monde »)
démarquent celles que le Japon lui-même a utilisées
pour tenter de trouver sa place dans lordre mondial. Mais toutes
aboutissent à des impasses, dont lhéroïne ne
sortira quen retrouvant la mémoire de son passé guerrier
émaillé datrocités, et en le confrontant sans
tabou pour le répudier. Ainsi pourra-t-elle résoudre son
problème racial et trouver sa place (centrale) dans un « nouvel
ordre mondial rénové ».
Au-delà du récit cyberpunk échevelé, Gunnm
peut donc être lue comme une fable sur lhistoire du Japon,
lidentité et le monde. Mettre à jour ce sous-texte
et le replacer ainsi que lémergence dun nationalisme
déclaré (Kobayashi Yoshinori, Kawaguchi Kaiji, Ikegami
Ryoichi) ou sous-jacent (Fujisawa Toru) dans lunivers du manga en
général dans le contexte de lévolution
politique du Japon à la fin du 20e siècle, permet de mesurer
à quel point le manga est un média au sens plein, et à
ce titre, doit être considéré comme un objet détude
aussi « légitime » que la presse ou les diverses
formes du discours politique.
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Directeur de recherche
Fondation Nationale des Sciences politiques |
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CV - domaine de recherche :
Bibliographie :
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ⓒ2002-2011 - SOCIETE FRANCAISE DES ETUDES JAPONAISES
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