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Session J : « Problématiques
insulaires »
Président : Patrick Beillevaire (CNRS, EHESS)
Simone Mauclaire
Changement social et tradition dansl'attitude face à la maladie
dans l'archipel de Miyako,Okinawa-ken
Attitude toward illness in Miyakojima,Okinawa-ken : tradition and social
change
On analysera certaines caractéristiques de lareligion indigène
ou plus précisément, "traditionnelle", dansl'archipel
de Miyako, au sud de Ryûkyû, en rapport avec la maladie etson
traitement. Cette étude sera fondée d'une part, sur plusieurs
travaux de terraineffectués principalement, mais pas exclusivement,
dans le nord del'archipel; d'autre part, sur une problématique
relative à la"complémentarité fonctionnelle"
entre yuta, ("professionnels de la religion d'un statut non officiel",souvent
médiums et/ou chamans où les femmes sont statistiquementmajoritaires),
et officiantes en titre des villages. Il s'agit d'un pointde vue considérant
l'archétype dit yuta comme un agent social essentiel dansl'histoire
du royaume de Ryûkyû dont l'importance ne se limite pasaux
"croyances populaires" (on rappelle que la religion villageoiseparticipait
à la structure du royaume). On essayera de saisir quelques aspects
de la"religion traditionnelle" dans la dynamique de changements
sociauxobservés sur le terrain où les yuta détiennent
de nos jours une place centrale. On s'interrogera sur la raisonpour laquelle
cette religion peut réactiver dans la sociétéactuelle
un rapport "archaïque" à l'espace et au temps, lequel
est,en dernière issue, un rapport au corps. Pour ce faire, deux
questions vont êtretraitées : d'abord, l'organisation du
champ de la religiontraditionnelle dans la région telle qu'elle
est connue à partir de sources anciennes et de notre premier travail
sur le terrain(1986-1987); ensuite, la manière dans laquelle les
yutase servent actuellement de grilles d'interprétation symbolique
anciennes pour rendre intelligible la maladie et proposerdes thérapies
(travaux de terrain effectués en 1994, 1997 et 2000).
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CV - domaine de recherche :
Bibliographie :
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Patrick Heinrich
Sauvegarde et revitalisation des langues en danger de larchipel
des Ryûkyû
Language endangerment and language revitalization in the Ryukyu Islands
Au regard du concept de compréhension mutuelle, on peut distinguer
dans les îles Ryûkyû cinq grands groupes linguistiques.
Il sagit, du nord au sud, des langues dAmami, dOkinawa,
de Miyako, de Yaeyama et de Yonaguni.
Bien quaprès la Restauration de Meiji (1868) ces différentes
langues aient été ramenées au rang de dialectes de
la langue nationale japonaise (kokugo), les encyclopédies linguistiques
internationales les considèrent toujours comme des langues à
part entière (Voegelin 1977) un point de vue qui est dailleurs
aujourdhui de nouveau accepté au Japon même (Uemura
2003).
Ces langues ont commencé à être véritablement
menacées dans leur survie à partir des années 1950
du fait de la politique de prohibition dont elles ont été
victimes, politique menée au nom dune langue nationale japonaise
considérée comme lun des principaux éléments
unificateurs de la Nation japonaise. Pour cette raison, limmense
majorité des locuteurs actuels des langues Ryûkyû ont
plus de 55 ans et ces langues sont aujourdhui gravement menacées
de disparition.
Si les changements qui ont affecté les langues Ryûkyû
ont fait lobjet dun certain nombre détudes (Heinrich
2005, Kondo 1994) et sil existe de nombreuses descriptions générales
de ces langues (Hokama 1971, Motonaga 1994), les tentatives de revitalisation
dont ces langues sont aujourdhui lobjet ont cependant été
jusquici peu étudiées. Nous nous proposons donc, dans
notre communication, de faire le point sur ces tentatives de revitalisation
des cinq langues Ryûkyû en nous appuyant pour ce faire sur
les recherches quantitatives et qualitatives que nous avons menées.
On montrera notamment que la sauvegarde de la langue est particulièrement
bien avancée à Okinawa, tandis que dans les autres îles,
la situation des diverses langues étant moins critique, leurs défenseurs
auront semble-t-il plus de temps pour garantir leur survie. La plupart
des personnes que nous avons interrogées pensent, par ailleurs,
que la responsabilité de la sauvegarde des langues Ryûkyû
incombe à l'Etat japonais et souhaitent que leur enseignement soit
inclus dans les programmes des écoles de larchipel. A ce
jour, en effet, si 20 à 30 % des personnes interrogées expriment
le désir d'apprendre les langues Ryûkyû, les opportunités
qui leur sont données de mener à bien cet apprentissage
sont extrêmement peu nombreuses. A lévidence, donc,
si certains signes tendent à montrer que la politique linguistique
japonaise à légard des langues Ryûkyû
est en train de changer, cette évolution doit cependant devenir
aujourdhui beaucoup plus radicale.
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patrick.heinrich@uni-duisburg.de
Professeur
University of Duisburg-Essen
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CV - domaine de recherche :
1993 - 1998 Etudes d'anglais, de linguistique et de japonais àl'Université
Heinrich Heine àDusseldorf (M. A. 1998)
1998 - 1999 Collaborateur scientifique au département du
Japon moderne, Université Heinrich Heine àDuesseldorf
1999 - 2001 Séjour d'études àl'Institut national
de la langue japonaise avec une bourse de graduation du DAAD
4. 2002 Thèse de doctorat ayant pour sujet "La réception
de la linguistique occidentale dans le Japon moderne"
depuis 2002 Différents séjours d'études au
Japon, entre autres àl'Université des Ryûkyûs,
lUniversité dOkinawa, lUniversité
des Langues étrangères de Tôkyô, avec
des bourses DFG, DAAD, JSPS et MEXT.
depuis avril 2005 Directeur du département des études
japonaises de l'Université de Duisburg-Essen
décembre. 2005 Habilitation ayant pour sujet "L'idéologie
de la langue dans le Japon moderne"
Bibliographie :
Debate on English as Second Official Language in Japan
in: Florian Coulmas (ed.) Language Regimes in Transformation. (in
print)
El debat sobre el futur del Ryukyu en els anys 1940-1941
in: Laia Climent (ed.): Análisi Crítica Del Discurs
Mitjans De Comunicació I Llengua. Alacant: Institut Interuniversitari
de Filologia Valenciana (2006).
What Leaves a Mark should no Longer Stain. Progressive Erasure
and Reversing Language Shift Activities in the Ryukyu Islands
in: Refereed Papers from the 1st International Small Islands Cultures
Conference Kagoshima University Centre for the Pacific Islands (February
7th-10th 2005). (http:/www.sicri.org)
"Language Loss and Language Revitalization in the Ryukyu Islands"
in: Japan Focus (posted November 10, 2005. http://www.japanfocus.org/article.asp?id=444)
"Language Ideology in JFL Textbooks", in International
Journal of the Sociology of Language 175/176, (2005): 213-232.
"Reversing Language Shift in Okinawa Island" in: Crawhall,
Nigel & Ostler, Nicholas (eds.): Creating Outsiders: Endangered
Languages, Migration and Marginalisation (Proceedings FEL IX, Stellenbosch,
South Africa, 18-20 November 2005), Bath: Foundation for Endangered
Languages 2005: 137-144.
"Nihon ni okeru gengogaku no san bunkiten" [Drei Wendepunkte
in der Geschichte der japanischen Sprachwissenschaft], in: Kotoba
to shakai [Sprache und Gesellschaft] 2005.5.
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Marie Augendre
Entre le volcan et la mer : coexister avec un
volcan actif dans une île éloignée
Between the volcano and the sea : Coexist with an active volcano on a
remote island
Les éruptions volcaniques constituent un aléa majeur au
Japon, pourtant bien circonscrit dans les zones montagneuses rurales ou
péri-urbaines, ainsi que dans certaines îles volcaniques.
Les risques associés, dont la fréquence est très
variable, sont multiples : coulées de laves, nuées ardentes,
déformations du sol, émissions de gaz toxiques. Mais les
volcans apportent aussi de nombreux bienfaits, et sont très intégrés
dans la société traditionnelle. Supports dune agriculture
spécifique, sources des onsen, marqueurs topologiques, lieux de
résidence de kami sinon objets de culte, ils connaissent aussi
un engouement récent de la part de citadins toujours plus nombreux
à construire une résidence secondaire à leur proximité
ou simplement venus faire de lécotourisme. Les volcans japonais
imposent donc de reconsidérer la définition consensuelle
du risque en Occident, conjonction dun aléa et dune
vulnérabilité. La notion de coexistence kyôzon,
permet de recentrer le risque à lintérieur de la nature
et de la société, et de rendre compte de la cohabitation
des dangers et des avantages retirés de la proximité du
volcan telle quelle est vécue par les Japonais.
Cette coexistence est vécue au quotidien et sancre dans le
patrimoine culturel (rapport à la nature, faits artistiques et
religieux, toponymes). Elle est aussi instrumentalisée par lEtat
pour gérer la protection contre le risque. Ce caractère
protéiforme se double dune différenciation spatiale
qui fait intervenir le couple centre/périphérie, et qui
oppose nettement les volcans du « bloc centralinsulaire »
hondo, et ceux des petites îles éloignées
ritô. Dans ces îles, où la communauté
kyôdôtai, ses règles coutumières fûbunritsu
et les solidarités gardent une certaine consistance, la culture
du risque est souvent mieux préservée quautour des
volcans rurbains dont la population sest considérablement
renouvelée ces dernières décennies, sous un double
mouvement de dépeuplement villageois et de colonisation par des
néo-ruraux. Pourtant, la gestion du risque est plus délicate
dans ces îles ultra-périphériques, dénués
de la plupart des services de proximités ; elle engendre des surcoûts
et des difficultés supplémentaires. Lévacuation,
souvent rendue nécessaire par une activité volcanique fantasque
(gaz, explosions), est plus fastidieuse, dautant quelle est
soumise à des conditions maritimes aléatoires. Ladaptation
se fait donc au cas par cas, comme en témoignent la reconstruction
de Miyakejima (archipel dIzu) depuis léruption de 2000
ou encore la connivence originale avec lIôdake (Iôjima)
et lOtake (Suwanosejima) dans les Ryûkyû.
La situation des ritô face au risque déruption présente
donc plusieurs spécificités, avant tout liées à
leur éloignement. La mesure kilométrique, même pondérée
par la taille de la population, nest pas la plus significative,
et la notion de distance doit être comprise dans son acception la
plus large. Lessentiel tient à la durée, la fréquence
et la fiabilité de la desserte maritime, parfois secondée
par des lignes aériennes. Le poids du pouvoir local et des personnalités
insulaires face au département (puissant en loccurrence :
Kagoshima, Tôkyô) est également déterminant.
Confrontés à des conditions naturelles inquiétantes,
les habitants des ritô montrent une adaptation opiniâtre et
déconcertante à ces contraintes. Ces îles reléguées,
considérées pendant le shogunat comme des lieux de bannissement,
constituent un modèle de coexistence avec les volcans, que lexemplarité
contribue à recentrer symboliquement.
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Marie.augendre@univ-lyon2.fr
PRAG
Université Lumière Lyon 2
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CV - domaine de recherche :
PRAG doctorante à lUniversité Lumière
Lyon 2 Licenciée de Japonais (M2 en cours) ; ancienne boursière
JSPS ; agrégée de géographie
Bibliographie :
2006 (à paraître), «arupusu chiiki ni okeru RTM
(sanchi shûfuku jigyô) no jojishi gyôseki to gendo
2006 nen 6 gatsu dai1kai kokusai sabô seminâ oyobi shisatsu
ni sankashite [Lépopée de la RTM (restauration
des terrains de montagne) dans les Alpes portée et
limites. Participation au 1er séminaire international sabô,
juin 2006], 5 p., revue Sabô to chisui (en Japonais).
«Le risque devenu symbiose ? le cas des volcans actifs dHokkaidô»,
Géomorphologie, 2004, n°2, p.101-116
Communication au séminaire du master pro. Gestion des catastrophes
et des risques naturels sur la réduction de la vulnérabilité
de lexistant face au menaces naturelles, le 8 février
2005 (cartographie et zonage du risque au Japon) Communication au
colloque de lAssociation des Géographes Français
de Clermont Ferrand sur les risques en montagne, le 1er février
2003 (études de cas du Tokachidake et du Mont Usu)"
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Philippe Pelletier
La « Japonésie », géohistoire dun concept
L'expression de "Japonésie" n'a été trouvée,
et forgée, qu'à la fin d'une longue recherche sur le rôle
de l'insularité dans la construction géopolitique, historique
et culturelle du Japon. C'est d'ailleurs à cause de cette issue
tardive que le concept n'a pas été approfondi à sa
juste valeur dans l'ouvrage qui l'a pris pour titre. Venu spontanément
après épuisement de formules insatisfaisantes ("couronne
insulaire" par exemple), il recourt à une terminologie finalement
classique de la géographie pour désigner des ensembles insulaires
moins unis politiquement que socio-culturellement (exemples : la Polynésie,
la Mélanésie, la Micronésie). Il cherche à
frapper l'imagination, à regrouper sous la combinaison de facteurs
naturels et humains la réalité complexe de larchipel
japonais dont on oublie trop souvent qu'il ne se résume pas aux
quatre grandes îles - lesquelles ne portent dailleurs pas
le terme désignant lîle en japonais : shima (Honshû,
Shikoku, Kyûshû, Hokkaidô). Les valeurs normatives véhiculées
par la société vivant dans ce Japon central désigné
sous le toponyme global de Hondo, Mainland, la Terre - en rencontrent
en effet d'autres, proches de certaines sociétés insulaires
du Pacifique comme, justement, la Polynésie, etc.
Le concept de "Japonésie" vient substantiver les phénomènes
géographiques que des travaux antérieurs ont qualifiés
dun autre néologisme : celui de "surinsularité"
qui désigne "l'insularité au carré", autrement
dit "les îles des îles". Bien que courant le risque
d'alourdir le discours par un excès de termes nouveaux, cet ensemble
d'appellation permet de donner une cohérence spatiale - géographique
au sens global du terme, c'est-à-dire prenant en compte l'interrelation
entre facteurs naturels et humains - à une approche qui se veut
pluridisciplinaire. Tout en insérant le principe de "Japon"
pour y ajouter celui de "plusieurs îles" avec "nésie",
le terme de "Japonésie" participe à la déconstruction
positive de ce qu'est - ou peut être - ce "Japon", et
de l'idée qu'on s'en fait, Japonais ou non.
Un compte-rendu fait dans Monumenta Nipponica par un professeur de littérature
japonaise s'étonna que l'ouvrage ("la Japonésie")
n'évoque pas une expression pourtant proche, celle de "Yaponejia"
forgée par l'écrivain japonais Shimao Toshio (1917-1986).
Intrigué d'avoir pu commettre un tel oubli, j'ai aussitôt
recherché l'occurrence de l'un et de l'autre dans les multiples
sources que j'avais consultées (plus de 500 notes bibliographiques
au total, renvoyant à des disciplines diverses). Or, je n'ai rien
trouvé ni lune, ni lautre ! Même l'exceptionnelle
série quasi encyclopédique Umi to rettô bunka, co-éditée
par des scientifiques renommés comme Amino Yoshihiko, Obayashi
Taryô, Tanigawa Ken'ichi et Mori Kô'ichi, mentionne certes
le nom de l'écrivain, mais à deux reprises seulement, sur
le total des dix volumes, et sans jamais citer, encore moins analyser,
le terme de "Yaponejia". Cette absence de référence
est pour le moins curieuse et suscite la réflexion
Comme le signale le chercheur américain Philip Gabriel, spécialiste
de littérature japonaise, l'idée de "Yaponejia"
fut avancée par Shimao Toshio dans les années 1960 pour
souligner une identité culturelle japonaise insulaire, notamment
perceptible dans les îles éloignées (les "surinsulaires"
selon ma terminologie"), et tout particulièrement en Okinawa
et les Ryûkyû. Shimao fut marqué par son séjour
à Kakerojima (archipel Amami) en tant que membre, finalement rescapé,
des Tokkôtai (alias les Kamikaze) pendant la guerre, puis par le
mariage qu'il fit avec une fille du cru mais qui, ne supportant pas semble-t-il
la vie tôkyôte daprès-guerre, sombra dans la
folie, provoquant déchirures et tourments au sein du couple. L'uvre
baroque et onirique de Shimao Toshio est marquée par ces deux thèmes
de la folie et de l'île. Les commentateurs n'en retiennent pourtant
que le premier, bien souvent, surtout chez les Occidentaux mais aussi
chez les Japonais.
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philippe.pelletier@univ-lyon2.fr
professeur de géographie
Université Lyon 2
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CV - domaine de recherche :
Bibliographie :
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ⓒ2002-2011 - SOCIETE FRANCAISE DES ETUDES JAPONAISES
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