LOGO Actualités       Contact

La SFEJ

Publications Bulletins
Bibliographies
Annuaire
Adhésion Archives Études

Liens

Plan du site

Accueil > Archives >7ème Colloque, 2006 > Session J

Session J : « Problématiques insulaires »

Président : Patrick Beillevaire (CNRS, EHESS)


Simone Mauclaire

Changement social et tradition dansl'attitude face à la maladie dans l'archipel de Miyako,Okinawa-ken

Attitude toward illness in Miyakojima,Okinawa-ken : tradition and social change


On analysera certaines caractéristiques de lareligion indigène ou plus précisément, "traditionnelle", dansl'archipel de Miyako, au sud de Ryûkyû, en rapport avec la maladie etson traitement. Cette étude sera fondée d'une part, sur plusieurs travaux de terraineffectués principalement, mais pas exclusivement, dans le nord del'archipel; d'autre part, sur une problématique relative à la"complémentarité fonctionnelle" entre yuta, ("professionnels de la religion d'un statut non officiel",souvent médiums et/ou chamans où les femmes sont statistiquementmajoritaires), et officiantes en titre des villages. Il s'agit d'un pointde vue considérant l'archétype dit yuta comme un agent social essentiel dansl'histoire du royaume de Ryûkyû dont l'importance ne se limite pasaux "croyances populaires" (on rappelle que la religion villageoiseparticipait à la structure du royaume). On essayera de saisir quelques aspects de la"religion traditionnelle" dans la dynamique de changements sociauxobservés sur le terrain où les yuta détiennent de nos jours une place centrale. On s'interrogera sur la raisonpour laquelle cette religion peut réactiver dans la sociétéactuelle un rapport "archaïque" à l'espace et au temps, lequel est,en dernière issue, un rapport au corps. Pour ce faire, deux questions vont êtretraitées : d'abord, l'organisation du champ de la religiontraditionnelle dans la région telle qu'elle est connue à partir de sources anciennes et de notre premier travail sur le terrain(1986-1987); ensuite, la manière dans laquelle les yutase servent actuellement de grilles d'interprétation symbolique anciennes pour rendre intelligible la maladie et proposerdes thérapies (travaux de terrain effectués en 1994, 1997 et 2000).

 

 

CR

CNRS


CV - domaine de recherche
:

Bibliographie :


Patrick Heinrich

Sauvegarde et revitalisation des langues en danger de l’archipel des Ryûkyû

Language endangerment and language revitalization in the Ryukyu Islands


Au regard du concept de compréhension mutuelle, on peut distinguer dans les îles Ryûkyû cinq grands groupes linguistiques. Il s’agit, du nord au sud, des langues d’Amami, d’Okinawa, de Miyako, de Yaeyama et de Yonaguni.

Bien qu’après la Restauration de Meiji (1868) ces différentes langues aient été ramenées au rang de dialectes de la langue nationale japonaise (kokugo), les encyclopédies linguistiques internationales les considèrent toujours comme des langues à part entière (Voegelin 1977) – un point de vue qui est d’ailleurs aujourd’hui de nouveau accepté au Japon même (Uemura 2003).

Ces langues ont commencé à être véritablement menacées dans leur survie à partir des années 1950 du fait de la politique de prohibition dont elles ont été victimes, politique menée au nom d’une langue nationale japonaise considérée comme l’un des principaux éléments unificateurs de la Nation japonaise. Pour cette raison, l’immense majorité des locuteurs actuels des langues Ryûkyû ont plus de 55 ans et ces langues sont aujourd’hui gravement menacées de disparition.

Si les changements qui ont affecté les langues Ryûkyû ont fait l’objet d’un certain nombre d’études (Heinrich 2005, Kondo 1994) et s’il existe de nombreuses descriptions générales de ces langues (Hokama 1971, Motonaga 1994), les tentatives de revitalisation dont ces langues sont aujourd’hui l’objet ont cependant été jusqu’ici peu étudiées. Nous nous proposons donc, dans notre communication, de faire le point sur ces tentatives de revitalisation des cinq langues Ryûkyû en nous appuyant pour ce faire sur les recherches quantitatives et qualitatives que nous avons menées.

On montrera notamment que la sauvegarde de la langue est particulièrement bien avancée à Okinawa, tandis que dans les autres îles, la situation des diverses langues étant moins critique, leurs défenseurs auront semble-t-il plus de temps pour garantir leur survie. La plupart des personnes que nous avons interrogées pensent, par ailleurs, que la responsabilité de la sauvegarde des langues Ryûkyû incombe à l'Etat japonais et souhaitent que leur enseignement soit inclus dans les programmes des écoles de l’archipel. A ce jour, en effet, si 20 à 30 % des personnes interrogées expriment le désir d'apprendre les langues Ryûkyû, les opportunités qui leur sont données de mener à bien cet apprentissage sont extrêmement peu nombreuses. A l’évidence, donc, si certains signes tendent à montrer que la politique linguistique japonaise à l’égard des langues Ryûkyû est en train de changer, cette évolution doit cependant devenir aujourd’hui beaucoup plus radicale.

patrick.heinrich@uni-duisburg.de

Professeur

University of Duisburg-Essen


CV - domaine de recherche
:
1993 - 1998 Etudes d'anglais, de linguistique et de japonais àl'Université Heinrich Heine àDusseldorf (M. A. 1998)
1998 - 1999 Collaborateur scientifique au département du Japon moderne, Université Heinrich Heine àDuesseldorf
1999 - 2001 Séjour d'études àl'Institut national de la langue japonaise avec une bourse de graduation du DAAD
4. 2002 Thèse de doctorat ayant pour sujet "La réception de la linguistique occidentale dans le Japon moderne"
depuis 2002 Différents séjours d'études au Japon, entre autres àl'Université des Ryûkyûs, l’Université d’Okinawa, l’Université des Langues étrangères de Tôkyô, avec des bourses DFG, DAAD, JSPS et MEXT.
depuis avril 2005 Directeur du département des études japonaises de l'Université de Duisburg-Essen
décembre. 2005 Habilitation ayant pour sujet "L'idéologie de la langue dans le Japon moderne"

Bibliographie :
“Debate on English as Second Official Language in Japan” in: Florian Coulmas (ed.) Language Regimes in Transformation. (in print)
“El debat sobre el futur del Ryukyu en els anys 1940-1941” in: Laia Climent (ed.): Análisi Crítica Del Discurs Mitjans De Comunicació I Llengua. Alacant: Institut Interuniversitari de Filologia Valenciana (2006).
“What Leaves a Mark should no Longer Stain. Progressive Erasure and Reversing Language Shift Activities in the Ryukyu Islands” in: Refereed Papers from the 1st International Small Islands Cultures Conference Kagoshima University Centre for the Pacific Islands (February 7th-10th 2005). (http:/www.sicri.org)
"Language Loss and Language Revitalization in the Ryukyu Islands" in: Japan Focus (posted November 10, 2005. http://www.japanfocus.org/article.asp?id=444)
"Language Ideology in JFL Textbooks", in International Journal of the Sociology of Language 175/176, (2005): 213-232.
"Reversing Language Shift in Okinawa Island" in: Crawhall, Nigel & Ostler, Nicholas (eds.): Creating Outsiders: Endangered Languages, Migration and Marginalisation (Proceedings FEL IX, Stellenbosch, South Africa, 18-20 November 2005), Bath: Foundation for Endangered Languages 2005: 137-144.
"Nihon ni okeru gengogaku no san bunkiten" [Drei Wendepunkte in der Geschichte der japanischen Sprachwissenschaft], in: Kotoba to shakai [Sprache und Gesellschaft] 2005.5.


Marie Augendre

Entre le volcan et la mer : coexister avec un volcan actif dans une île éloignée

Between the volcano and the sea : Coexist with an active volcano on a remote island


Les éruptions volcaniques constituent un aléa majeur au Japon, pourtant bien circonscrit dans les zones montagneuses rurales ou péri-urbaines, ainsi que dans certaines îles volcaniques. Les risques associés, dont la fréquence est très variable, sont multiples : coulées de laves, nuées ardentes, déformations du sol, émissions de gaz toxiques. Mais les volcans apportent aussi de nombreux bienfaits, et sont très intégrés dans la société traditionnelle. Supports d’une agriculture spécifique, sources des onsen, marqueurs topologiques, lieux de résidence de kami sinon objets de culte, ils connaissent aussi un engouement récent de la part de citadins toujours plus nombreux à construire une résidence secondaire à leur proximité ou simplement venus faire de l’écotourisme. Les volcans japonais imposent donc de reconsidérer la définition consensuelle du risque en Occident, conjonction d’un aléa et d’une vulnérabilité. La notion de coexistence – kyôzon, permet de recentrer le risque à l’intérieur de la nature et de la société, et de rendre compte de la cohabitation des dangers et des avantages retirés de la proximité du volcan telle qu’elle est vécue par les Japonais.

Cette coexistence est vécue au quotidien et s’ancre dans le patrimoine culturel (rapport à la nature, faits artistiques et religieux, toponymes). Elle est aussi instrumentalisée par l’Etat pour gérer la protection contre le risque. Ce caractère protéiforme se double d’une différenciation spatiale qui fait intervenir le couple centre/périphérie, et qui oppose nettement les volcans du « bloc centralinsulaire » – hondo, et ceux des petites îles éloignées – ritô. Dans ces îles, où la communauté – kyôdôtai, ses règles coutumières – fûbunritsu et les solidarités gardent une certaine consistance, la culture du risque est souvent mieux préservée qu’autour des volcans rurbains dont la population s’est considérablement renouvelée ces dernières décennies, sous un double mouvement de dépeuplement villageois et de colonisation par des néo-ruraux. Pourtant, la gestion du risque est plus délicate dans ces îles ultra-périphériques, dénués de la plupart des services de proximités ; elle engendre des surcoûts et des difficultés supplémentaires. L’évacuation, souvent rendue nécessaire par une activité volcanique fantasque (gaz, explosions), est plus fastidieuse, d’autant qu’elle est soumise à des conditions maritimes aléatoires. L’adaptation se fait donc au cas par cas, comme en témoignent la reconstruction de Miyakejima (archipel d’Izu) depuis l’éruption de 2000 ou encore la connivence originale avec l’Iôdake (Iôjima) et l’Otake (Suwanosejima) dans les Ryûkyû.

La situation des ritô face au risque d’éruption présente donc plusieurs spécificités, avant tout liées à leur éloignement. La mesure kilométrique, même pondérée par la taille de la population, n’est pas la plus significative, et la notion de distance doit être comprise dans son acception la plus large. L’essentiel tient à la durée, la fréquence et la fiabilité de la desserte maritime, parfois secondée par des lignes aériennes. Le poids du pouvoir local et des personnalités insulaires face au département (puissant en l’occurrence : Kagoshima, Tôkyô) est également déterminant.

Confrontés à des conditions naturelles inquiétantes, les habitants des ritô montrent une adaptation opiniâtre et déconcertante à ces contraintes. Ces îles reléguées, considérées pendant le shogunat comme des lieux de bannissement, constituent un modèle de coexistence avec les volcans, que l’exemplarité contribue à recentrer symboliquement.

 

Marie.augendre@univ-lyon2.fr

PRAG

Université Lumière Lyon 2


CV - domaine de recherche
:
PRAG doctorante à l’Université Lumière Lyon 2 Licenciée de Japonais (M2 en cours) ; ancienne boursière JSPS ; agrégée de géographie

Bibliographie :
2006 (à paraître), «arupusu chiiki ni okeru RTM (sanchi shûfuku jigyô) no jojishi gyôseki to gendo 2006 nen 6 gatsu dai1kai kokusai sabô seminâ oyobi shisatsu ni sankashite [L’épopée de la RTM (restauration des terrains de montagne) dans les Alpes – portée et limites. Participation au 1er séminaire international sabô, juin 2006], 5 p., revue Sabô to chisui (en Japonais).
«Le risque devenu symbiose ? le cas des volcans actifs d’Hokkaidô», Géomorphologie, 2004, n°2, p.101-116
Communication au séminaire du master pro. Gestion des catastrophes et des risques naturels sur la réduction de la vulnérabilité de l’existant face au menaces naturelles, le 8 février 2005 (cartographie et zonage du risque au Japon) Communication au colloque de l’Association des Géographes Français de Clermont Ferrand sur les risques en montagne, le 1er février 2003 (études de cas du Tokachidake et du Mont Usu)"


Philippe Pelletier

La « Japonésie », géohistoire d’un concept


L'expression de "Japonésie" n'a été trouvée, et forgée, qu'à la fin d'une longue recherche sur le rôle de l'insularité dans la construction géopolitique, historique et culturelle du Japon. C'est d'ailleurs à cause de cette issue tardive que le concept n'a pas été approfondi à sa juste valeur dans l'ouvrage qui l'a pris pour titre. Venu spontanément après épuisement de formules insatisfaisantes ("couronne insulaire" par exemple), il recourt à une terminologie finalement classique de la géographie pour désigner des ensembles insulaires moins unis politiquement que socio-culturellement (exemples : la Polynésie, la Mélanésie, la Micronésie). Il cherche à frapper l'imagination, à regrouper sous la combinaison de facteurs naturels et humains la réalité complexe de l’archipel japonais dont on oublie trop souvent qu'il ne se résume pas aux quatre grandes îles - lesquelles ne portent d’ailleurs pas le terme désignant l’île en japonais : shima (Honshû, Shikoku, Kyûshû, Hokkaidô). Les valeurs normatives véhiculées par la société vivant dans ce Japon central – désigné sous le toponyme global de Hondo, Mainland, la Terre - en rencontrent en effet d'autres, proches de certaines sociétés insulaires du Pacifique comme, justement, la Polynésie, etc.

Le concept de "Japonésie" vient substantiver les phénomènes géographiques que des travaux antérieurs ont qualifiés d’un autre néologisme : celui de "surinsularité" qui désigne "l'insularité au carré", autrement dit "les îles des îles". Bien que courant le risque d'alourdir le discours par un excès de termes nouveaux, cet ensemble d'appellation permet de donner une cohérence spatiale - géographique au sens global du terme, c'est-à-dire prenant en compte l'interrelation entre facteurs naturels et humains - à une approche qui se veut pluridisciplinaire. Tout en insérant le principe de "Japon" pour y ajouter celui de "plusieurs îles" avec "nésie", le terme de "Japonésie" participe à la déconstruction positive de ce qu'est - ou peut être - ce "Japon", et de l'idée qu'on s'en fait, Japonais ou non.

Un compte-rendu fait dans Monumenta Nipponica par un professeur de littérature japonaise s'étonna que l'ouvrage ("la Japonésie") n'évoque pas une expression pourtant proche, celle de "Yaponejia" forgée par l'écrivain japonais Shimao Toshio (1917-1986). Intrigué d'avoir pu commettre un tel oubli, j'ai aussitôt recherché l'occurrence de l'un et de l'autre dans les multiples sources que j'avais consultées (plus de 500 notes bibliographiques au total, renvoyant à des disciplines diverses). Or, je n'ai rien trouvé ni l’une, ni l’autre ! Même l'exceptionnelle série quasi encyclopédique Umi to rettô bunka, co-éditée par des scientifiques renommés comme Amino Yoshihiko, Obayashi Taryô, Tanigawa Ken'ichi et Mori Kô'ichi, mentionne certes le nom de l'écrivain, mais à deux reprises seulement, sur le total des dix volumes, et sans jamais citer, encore moins analyser, le terme de "Yaponejia". Cette absence de référence est pour le moins curieuse et suscite la réflexion …

Comme le signale le chercheur américain Philip Gabriel, spécialiste de littérature japonaise, l'idée de "Yaponejia" fut avancée par Shimao Toshio dans les années 1960 pour souligner une identité culturelle japonaise insulaire, notamment perceptible dans les îles éloignées (les "surinsulaires" selon ma terminologie"), et tout particulièrement en Okinawa et les Ryûkyû. Shimao fut marqué par son séjour à Kakerojima (archipel Amami) en tant que membre, finalement rescapé, des Tokkôtai (alias les Kamikaze) pendant la guerre, puis par le mariage qu'il fit avec une fille du cru mais qui, ne supportant pas semble-t-il la vie tôkyôte d’après-guerre, sombra dans la folie, provoquant déchirures et tourments au sein du couple. L'œuvre baroque et onirique de Shimao Toshio est marquée par ces deux thèmes de la folie et de l'île. Les commentateurs n'en retiennent pourtant que le premier, bien souvent, surtout chez les Occidentaux mais aussi chez les Japonais.

 

philippe.pelletier@univ-lyon2.fr

professeur de géographie

Université Lyon 2


CV - domaine de recherche
:

Bibliographie :

 

 

 

 

 

 

ⓒ2002-2011 - SOCIETE FRANCAISE DES ETUDES JAPONAISES