|
Accueil > Archives >7ème Colloque, 2006 > Session L
Session L : « Multiplicité
et interaction des paradigmes de
l'asiatisme »
Président : Claude HAMON (MC, Paris 7)
Christine Lévy
Asiatisme et formation du premier courant anti-impérialiste au
Japon
Asianism and the Formation of the first Anti-imperialist Movement
Dans sa réflexion sur la captation de l'asiatisme par l'extrême
droite en opposition à l'internationalisme et au cosmopolitisme
Takeuchi Yoshimi cite l'historien Ishimoda, qui explique ce phénomène
par le fait que le premier mouvement socialiste japonais était
de type d'importation directe (choku yunyû gata). Cette analyse
mérite d'être examinée. Le clivage entre l'extrême-droite
asiatiste et la gauche socialiste, né autour de la période
de la Heimin-sha, n'implique pas une indifférence des socialistes
et des anarchistes vis-à-vis des pays asiatiques.
L'existence d'une vision de l'Asie héritée de Nakae Chômin,
le refus de voir le Japon participer au pillage de la Chine, la conviction
que l'intervention contre les Boxers avait pour but non pas la protection
de la Chine, mais la défense des intérêts des pays
colonisateurs, la perception que l'impérialisme des Grandes puissances
reposait sur un racisme contre les Asiatiques, repris par les Japonais
vis-à-vis des autres pays asiatiques, sont des éléments
importants dans le déclenchement de la campagne contre le pillage
de la Chine par l'armée japonaise lors de la guerre des Boxers.
À partir de janvier 1902, le quotidien le plus populaire de Tôkyô,
Yorozu chôhô (Dépêches du matin) lance une campagne
contre les officiers qui ont participé à la rapine qui a
suivi l'entrée de l'armée japonaise à Pékin
le 15 août 1900.
Le traitement de ce scandale par le Yorozu peut être interprété
de diverses façons, mais cette campagne de presse constitue un
moment essentiel de la formation dans la sphère publique d'une
opinion défavorable à la place croissante prise par l'armée
au sein de l'Etat. Le groupe Risôdan, constitué de divers
réformateurs dont de nombreux socialistes, se vit renforcé
par cette campagne. L'opposition à la voie impérialiste
a été suscitée non pas par adoption d'une idéologie
"étrangère", mais par la protestation contre la
mainmise des puissances impérialistes en Asie, et la participation
du Japon à cette curée. Nous verrons concrétement
ce qui est reproché à la politique asiatique du gouvernement
d'alors.
| |
lund-christine@wanadoo.fr
MC
Université de Bordeaux 3
|
|
CV - domaine de recherche :
Agrégée de langue et civilisation japonaises,
Thèse de doctorat, Formation de l'internationalisme prolétarien
entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle.
Travaille sur l'histoire des idées politiques, la formation
des courants idéologiques et les mouvements sociaux de Meiji.
Bibliographie :
|
Eddy Duffourmont
Matsumura Kaiseki et la Dôkai : un asiatisme chrétien ?
Matsumura Kaiseki and the Dôkai : Christian Asianism ?
Matsumura Kaiseki (1859-1939) fut un des principaux leaders de la communauté
protestante, aux côtés dUchimura Kanzô. Il a
été cependant longtemps oublié, peut-être en
raison de son parcours atypique : il finit en effet par se détacher
des églises officielles pour créer à la fin de lère
Meiji la Nihon kyôkai (Eglise japonaise), devenue par la suite la
Dôkai (Societe de la Voie), dont la particularité était
de marier christianisme et confucianisme. Les chercheurs qui lont
redécouvert ont insisté sur la présence dÔkawa
Shûmei dans les rangs de la Dôkai, de sorte que Matsumura
apparaît comme un ancêtre du mouvement asiatiste de Taishô-Shôwa.
Pourtant il fut aussi très lié aux libéraux et aux
mouvements sociaux de gauche.
Lexamen de sa pensée, quasi négligée jusquici,
permet de comprendre sa démarche et les raisons pour laquelle Ôkawa
Shûmei fut attiré par lui. Matsumura n était
en fait pas un asiatiste, mais un croyant qui désirait retrouver
la religion premiere, capable dunifier l « Orient »
et l « Occident ». Il y a nettement chez lui une confusion
du particulier et de luniversel. Ainsi, Matsumura finit par créer
une nouvelle religion alors quil désirait au départ
promouvoir une église japonaise indépendante, comme beaucoup
dautres protestants dalors. Matsumura se révèle
au final utile pour comprendre le climat intellectuel de la fin de l
ère Meiji, et la naissance de lasiatisme ultérieur.
| |
zubayidi@hotmail.com
doctorant
Inalco
|
|
CV - domaine de recherche :
Eddy Dufourmont achève sous la direction de François
Macé une thèse intitulée « La pensée
et lengagement de Yasuoka Masahiro (1898-1983) : confucianisme,
politique et société dans le Japon contemporain ».
Ses recherches portent sur lhistoire politique et la pensée
politique du Japon moderne et contemporain, le confucianisme, ainsi
que lasiatisme. Il effectue un séjour à luniversité
de Tôkyô.
Bibliographie :
« Une vision conservatrice de laprès-guerre :
Yasuoka Masahiro » dans Mickael Lucken dir., Japon 1945-2005,
publié prochainement chez Picquier.
|
Noriko Berlinguez-Kôno
La genèse du proto-asiatisme et ses ambiguïtés
au début de lère Meiji : comment la crise politique
de 1873 est-elle devenue synonyme de conflit à propos du seikanron
?
The Proto-Asiatism and its Ambiguities: Debates on Seikanron
and 1873s Crisis
La présente communication vise à réexaminer la portée
des polémiques au sujet de linterprétation de la crise
politique de 1873, crise à la suite de laquelle la moitié
du gouvernement Meiji entre autres Saigô Takamori, Itagaki
Taisuke, Etô Shinpei donnèrent leur démission.
Jusquà aujourdhui, les milieux des historiens spécialisés
dans la Restauration de Meiji ne sont pas tout à fait unanimes
quant aux causes de cette crise. Si division il y a parmi les historiens,
quen est-il de la description de cette crise dans les manuels scolaires
dhistoire daujourdhui, qui contribuent indéniablement
à la fabrication de la mémoire officielle ? Et quelle serait
jusquà alors la nature des rapports des historiens avec la
soi-disant « mémoire collective », sur ce sujet?
Létude de Môri Toshihiko rendue publique en 1978 démontre
quen sappuyant sur les documents de base, le souhait de Saigô
Takamori pour partir en Corée en tant quambassadeur plénipotentiaire
nétait pas motivé par les discours du seikanron, et
que la cause principale de la crise politique résidait dans les
luttes de pouvoir entre les dirigeants du retour de la mission Iwakura
et les membres du « gouvernement ad interim » (rusu seifu).
Les historiens spécialisés de cette période, qui
plébiscitent la thèse de Môri, sont certes plus nombreux
que ceux qui ne partagent pas sa thèse mais il nen demeure
pas moins vrai quune poignée dhistoriens conteste avec
vigueur linterprétation de Môri. Par conséquent,
larticle concernant la crise de 1873 dans Kokushigaku daijiten (1985)
fait savoir que les spécialistes sont « partagés »
sur cette question. Lauteur de larticle, Tôyama Shigeki,
autorité incontestable de lhistoire de Meiji, qui jadis avançait
la thèse en faveur du « bellicisme » de Saigô,
a fait marché arrière en constatant que ces deux thèses
étaient à égalité. Cette article nous laisse
penser que la thèse de Môri est dorénavant influente
parmi les historiens. Notre objectif premier est de mettre en perspective
les thèses avancées par les différents historiens
ainsi que les modalités de leurs motifs idéologiques qui
les ont fait opter pour lune des deux principales thèses.
Parallèllement, nous sommes intéressés à la
manière dont Saigô est considéré comme chantre
de lasiatisme jusquà nos jours.
Ce travail historiographique servira à mieux cerner la caractéristique,
la complexité et la multiplicité de lasiatisme tout
en étudiant le contexte politique et idéologique précédant
la première période de la montée de lasiatisme
des années 1880. Comment les dirigeants politiques des premières
années de Meiji percevaient-ils les évolutions des relations
nippo-coréennes ? Que signifie le seikanron au juste ? Qui tenait
ces discours et dans quel contexte ? Certes, nos préoccupations
immédiates sont centrées sur le questionnement posé
ci-dessus, il convient toutefois de lélargir afin de mieux
le relier à la problématique de lasiatisme. Par exemple
: si Saigô nétait pas le défenseur du seikanron,
comme le prétend Môri Toshihiko, quelle vision Saigô
portait-t-il sur la Corée ? Comment un certain nombre de partisans
du Seikanron se transformèrent-ils en asiatistes (mais quel courant
dasiatistes ?) ? Le choix définitif du kokken au détriment
du minken nous obligera à réfléchir à la réalité
des courants du kokken et du minken, voire à remettre en question
la pertinence dopposer ces deux courants.
Pour finir, il conviendra de ne pas enfermer nos analyses de lasiatisme
dans le contexte japonais. Les discours et les pratiques qui prêchent
une forme de solidarité entre les nations partageant une similitude
culturelle (et/ou religieuse) ainsi quune proximité géographique
ne sont pas lapanage de la situation japonaise.
 |
noriko.berlinguez-kono@univ-lille3.fr
MC
Université Lille 3
|
|
CV - domaine de recherche :
Ancienne étudiante de la faculté de droit de lUniversité
de Kyôto, elle a obtenu, en France, un DEA de science politique,
puis un DEA ainsi quun doctorat en histoire et civilisations
à lEHESS.
Actuellement, maître de conférences à lUniversité
Lille 3, chercheur associée au Centre de recherches sur le
Japon (EHESS), elle sintéresse, dans une perspective
comparatiste, à lévolution des modalités
de la dialectique entre nous et les autres à partir de Meiji
dune part, et aux modalités actuelles de lorganisation
du mouvement social, dautre part. Privilégiant les
thèmes au carrefour de lhistoire et de la sociologie,
elle travaille sur les sujets suivants : 1) les fonctions sociales
des représentations des étrangers au Japon (et au
sens large, la question de limmigration) 2) les discours nationalistes
et leurs avatars depuis lère Meiji jusquà
nos jours.
Bibliographie :
|
ⓒ2002-2011 - SOCIETE FRANCAISE DES ETUDES JAPONAISES
|
|