Ministère de lEducation Nationale
MONNANTEUIL François, doyen de lInspection Générale
de Langues Vivantes
Ambassade du Japon en France
YAMADA Fumihiko, Ministre, Directeur du Service Culturel et dInformation
KITAYAMA Kôji, Premier Secrétaire chargé des Affaires Culturelles
Maison de la Culture du Japon à Paris
NAKAGAWA Masateru, Président de la MCJP
OKA-FUKUROI Mariko, Vice-Présidente de la MCJP
MOCHIZUKI Yoshimasa, Adjoint du Directeur Général de la Programmation
FRIEDMANN Hideko, Responsable des Echanges Intellectuels
MATSUI Kaori, Assistante
Cet atelier sur lenseignement du japonais est un moment historique pour
la promotion du japonais en France. Bien que nétant pas un spécialiste
de la langue, M. Nakagawa a manifesté lespoir que la MCJP continue
à vivre, quelle diversifie ses activités et devienne également
un lieu de réunion pour les actions de défense de lenseignement
du japonais. Il a annoncé la nomination de Madame Oka Mariko au poste
de vice-présidente de la MCJP.
Monsieur Yamada Fumihiko sest ensuite exprimé pour lAmbassade
du Japon.
Cette réunion est en effet une réunion historique et cest
un premier pas franchi pour la promotion de lenseignement du japonais
en France. Cest également la première réunion du
Comité pour lEnseignement du Japonais en France.
Lenseignement du japonais prend racine dans les lycées et universités
en France, grâce à tous ceux qui sy consacrent, notamment
Monsieur Macé, et Mesdames Sakai et Ishii.
Lenseignement du japonais a connu un certain succès mais aussi
des difficultés, et subit une certaine concurrence.
Il est souhaitable que le nombre détudiants se tournant vers les
études de japonais augmente, mais aussi que ces étudiants puissent
approfondir leurs connaissances sur la culture. Les mangas sont très
connus, mais il ny a pas que cela et ce serait magnifique que lintérêt
des étudiants pour ces manga se transforme en véritable connaissance
du Japon et de sa culture.
Il est indispensable que des études sur le Japon soient diffusées
par le biais de lenseignement de la langue japonaise.
Il faut se féliciter de la collaboration entre la SFEJ et lAEJF,
collaboration dont la réunion de ce jour est le meilleur exemple. La
synergie entre ces deux associations et entre les enseignants de luniversité
et ceux du secondaire permettra de mieux se connaître et de mieux travailler
ensemble. La collaboration est un élément moteur pour bien travailler
ensemble.
Monsieur Yamada souhaite que cette première réunion contribue
à former un noyau dur pour lenseignement du japonais en France.
Il souhaite également que Monsieur Nakagawa et Madame Oka soutiennent
les activités de ce nouveau comité. Une personne envoyée
par le Japon en tant quexpert pourrait venir soutenir le travail de ce
comité dans un avenir relativement proche.
Intervention de Monsieur François Monnanteuil.
Au niveau du Ministère de lEducation Nationale, il existe une Inspection
Générale des langues vivantes, toutes les langues vivantes sont
donc UNE discipline.
Afin de mettre en perspective le japonais dans lenseignement secondaire,
rappelons quen France deux langues vivantes sont obligatoires dans presque
toutes les séries (les séries générales, les séries
STG.). De ce fait, on ne se démarque pas par une seconde langue, mais
par le choix de cette seconde langue. Il existe un tropisme marqué pour
la combinaison anglais- espagnol, donc il est utile davoir une langue
qui sorte de ce tropisme : la japonais, larabe, le russe, le chinois
Ces langues sont enseignées surtout en LV3, ce qui est fragile et est
parfois restreint aux séries littéraires. Le statut de la LV3
sera donc également à prendre en compte dans lintérêt
porté aux langues vivantes.
- Petit rappel sur lenseignement des langues en Europe.
La nécessité davoir plusieurs langues à son actif
est reconnue, et lintérêt pour les langues vivantes a franchi
un premier cap dans les années 1975-77, avec la définition de
nouveaux seuils, puis de plusieurs niveaux.
Le Cadre Européen Commun de référence pour les langues
de 2004 définit 4 ou 5 compétences sur 3 grands niveaux (A : élémentaire,
B : indépendant, et C : expérimenté), en tenant compte
de linteraction orale et nous sort de lopposition entre langue de
culture et langue de compréhension courante, en introduisant les références
culturelles nécessaires dans la pratique des langues.
A titre indicatif le niveau A1 est atteint en fin de primaire, la fin de 3ème/2de
correspond au niveau B1 et la fin de terminale au niveau B2 pour la majeure
partie des langues vivantes.
Bien sûr les programmes doivent être établis en fonction
de ces niveaux, qui ne servent pas à lidentification des élèves
mais à montrer quil existe des étapes entre le niveau 0
et le bilinguisme.
Ce cadre va bientôt être adopté et permettra de baliser le
parcours des élèves avec des paliers.
Le système scolaire considérait les langues vivantes comme des
substituts des langues anciennes (latin, grec), maintenant il cherche à
sadosser à lintérêt pour les sciences et à
la linguistique. La langue vivante est une découverte de lautre
et cest lappropriation dun moyen dexpression qui permet
de découvrir lautre par lintérieur.
Cest une chance quil nous faut saisir.
Monsieur Macé a ensuite adressé ses remerciements à
Cécile Sakai et Yôko Ishii, à Messieurs Nakagawa et Yamada,
ainsi quà Madame Oka, et a souligné que les essais tentés
pour travailler en commun sur lenseignement du japonais dans le secondaire
et le supérieur se sont avérés infructueux jusquà
présent, les personnes les plus confrontées à ce problème
de lenseignement ny étaient pas acteurs.
Lidée nouvelle est quà partir de ce jour, nous prenions
tous les choses en main.
Un bref état des lieux permet de constater une stagnation de lenseignement
du japonais. Il est donc nécessaire de réagir.
Le projet le plus immédiat est lorganisation de programmes de LV1,
LV2 et LV3 qui correspondent aux nouveaux critères.
Enfin la formation continue est un besoin réel auquel il fait répondre.
Une formation continue solide doit sappuyer sur une coopération
entre le secondaire et le supérieur.
Comme disait Monsieur Origas : " maintenant il faut retrousser nos manches
et nous mettre au travail. "
Etat des lieux de lenseignement secondaire (Jean Bazantay, professeur
agrégé, Lycée de Sèvres)
- Quelques chiffres dabord.
Les effectifs de japonais en métropole pour lannée 2003
sont de 2440 élèves (LV1+LV2+LV3), répartis pour 70% dans
le public et 30% dans le privé, auxquels sajoutent 747 élèves
pour le CNED.
En dehors de la métropole, on trouve également 210 élèves
au lycée français de Tôkyô et 2200 élèves
en Nouvelle-Calédonie, soit un total métropole + hors métropole
denviron 5600 élèves.
- Répartition
En LV1, lenseignement est réparti sur 7 années, à
raison de 4 heures hebdomadaires de la 6ème à la 3ème,
3 heures en 2de et 2 ou 3 heures de la 1ère à la terminale. Lépreuve
au baccalauréat est une épreuve écrite. Cet enseignement
est minoritaire et atypique, concernait 63 élèves en 2003 et nest
prodigué quau lycée Jean de la Fontaine (Paris), au lycée
français de Tôkyô et à lEcole active bilingue
Jeanine Manuel (Paris).
Il sagit en réalité dune seconde LV1 dont lapprentissage
est mené de front avec celui de langlais. Un certain nombre délèves
de ces classes ont déjà quelques bases en arrivant en 6ème
car issus de familles franco-japonaises, et certains candidats au bac en LV1
japonais sont des candidats libres, non inscrits dans une classe. Bon nombre
délèves opèrent un glissement vers la LV2 japonais
à lentrée au lycée, ou au moment de linscription
au bac.
En LV2, lenseignement est réparti sur 5 années, à
raison de 3 heures hebdomadaires en 4ème et 3ème, 2.5 heures en
2de, et 2 heures en 1ère et terminale.
Lépreuve au baccalauréat est écrite pour les séries
L et S, orale pour la série ES (ainsi que pour la série STT)
En ES et en L, la LV2 peut être prise comme enseignement de spécialité.
En métropole, le japonais LV2 est élitiste et prodigué
dans un nombre restreint détablissements : sur Paris lycées
La Fontaine et Racine, lEcole Active Bilingue + Camille Claudel à
Vauréal, puis en province au lycée Daumier de Marseille. Cet enseignement
regroupait 455 élèves en 2003 soit 18.5% des effectifs de japonais
dans le secondaire.
La filière la plus importante est en Nouvelle-Calédonie. Elle
y est très populaire y compris en lycées professionnels, BEP etc.
Les élèves de LV2 sont soit totalement francophones, soit franco-japonais,
et quelques élèves de LV3 passent en LV2.
La LV2 connaît une crise qui se manifeste par la fermeture de classes,
il y a quelques années dans deux collèges à Paris, au collège
Ampère à Lyon, et très prochainement à LEcole
Active Bilingue et au collège Camille Claudel à Vauréal.
Lenseignement du japonais est également remis en question en Nouvelle-Calédonie,
et a disparu du CNED.
Les arguments qui ont mené à la fermeture des classes sont le
coût élevé par rapport aux effectifs, et le fait que la
formation dispensée na pas réussi à être totalement
convaincante, ce qui a entraîné un découragement des élèves.
Y aurait-il aussi un problème pédagogique ? On peut souligner
que labsence de référentiel a pesé lourd dans la
balance, car enseigner au collège implique davoir des objectifs
clairs puisquil faut ensuite prendre le relais au lycée. Or le
manque dhomogénéité des élèves arrivant
en seconde après deux années de collège nécessite
bien souvent de refaire presque tout ce qui devait être fait au collège,
ce qui génère une importante perte de temps.
La montée en puissance du chinois a aussi concurrencé lenseignement
du japonais.
Il est donc souhaitable que le japonais se consolide, il est capital de créer
une dynamique, car tous ces événements conduisent également
à la diminution du nombre de postes de titulaires.
On peut également noter que le décalage de difficulté des
épreuves au bac, dû aux modifications apportées aux épreuves
de LV2 à compter du bac 2002, ne joue pas en faveur du japonais. Les
candidats de série ES passent une épreuve orale, alors que les
candidats de séries L et S passent un écrit. La distorsion importante,
valable pour toutes les langues, est handicapante. Il est difficile damener
les élèves au bac dans de bonnes conditions, les séries
étant mélangées en cours, et la diminution du nombre dheures
de cours a aggravé le problème.
Afin que le passage entre collège et lycée se fasse dans de bonnes
conditions il est important de bien soigner la liaison collège-lycée.
Il est important également de faire renaître la LV2 au CNED, et
bien sûr détablir des programmes solides, mais aussi dappliquer
pour lélaboration des sujets de bac, une politique dexigences
raisonnables afin de participer à leffort de promotion auquel nous
devons nous attacher.
La LV3 est un enseignement de détermination en seconde. Les LV3 les plus
souvent proposées sont lallemand, lespagnol, litalien,
le russe, le polonais, le chinois et le japonais. Les horaires hebdomadaires
sont de 2.5 heures en 2de, et 3 heures en 1ère et terminale. La LV3 peut
être poursuivie en 1ère et terminale soit en enseignement facultatif
en séries ES et S, soit en enseignement obligatoire en série L.
Au bac lépreuve est une épreuve orale de 20 minutes. Depuis
2001, la longueur de la liste de textes à présenter a été
revue pour devenir plus raisonnable, et lépreuve est très
valorisante pour les candidats.
Les effectifs de LV3 représentent 80% des effectifs globaux de japonais,
soit 2000 élèves. La filière est très souple, labandon
étant possible à lentrée en 1ère, les motivations
des élèves sont variables (la stratégie de contournement
de la sectorisation des lycées étant non négligeable),
et lépreuve nest pas si facile au bac.
Dans les séries technologiques, le japonais existe en Nouvelle-Calédonie
et en région parisienne. De ce fait il est important de réfléchir
à la définition de lépreuve et aux objectifs visés,
qui doivent être raisonnables.
En BEP et Bac Professionnel, le japonais est surtout présent dans les
secteurs hôtellerie-tourisme, restauration, accueil. Cest un secteur
important en Nouvelle-Calédonie.
LOIB a été créé il y a 2 ans. Il sadresse
à des élèves bilingues, qui passent 2 disciplines de leur
bac en langue étrangère : la littérature et lhistoire-géographie.
Seuls quatre établissements français préparent à
lOIB en japonais : les citées scolaire internationales de Saint
Germain en Laye et de Lyon-Gerland, le lycée français de Tôkyô
et le lycée La Fontaine à Paris.
- Petit point sur la Nouvelle-Calédonie
La Nouvelle-Calédonie comptait 2200 élèves japonisants
en 2003, ce qui est un effectif considérable. Les raisons principales
de cet essor sont la proximité géographique du Japon et le tourisme
(zone Pacifique Sud).
La LV2 a démarré en premier, il y a une vingtaine dannées.
Elle est enseignée par 23 enseignants dont 7 certifiés, dans plus
de 20 établissements et 4 lycées. Les origines des enseignants
sont très diverses, certains étant formés en France, dautres
en Australie, les profils sont très variés autant pour la formation
que pour lapproche pédagogique.
La formation en didactique des langues est faible, il serait bon que les stages
valables pour lenseignement de toutes les langues soient plus suivis.
Le niveau de japonais de la Nouvelle-Calédonie est jugé assez
faible, mais beaucoup de professeurs sont dynamiques. Il ne faut pas oublier
quil sagit là-bas dun enseignement de masse, contrairement
à ce qui se passe en métropole, et quil est donc difficile
de navoir que de bons éléments. A cela sajoute un
rythme de travail quon qualifiera " d insulaire ", avec
moins de semaines de travail et moins de travail fait à la maison.
La LV3 est dintroduction récente et est minoritaire.
Le CAPES réservé, lauxiliariat, la différence
public/privé (Nadine Nervi, professeur certifié, Lycée
Racine)
Les professeurs certifiés sont au nombre de 6 ou 7 en métropole
et 5 en Nouvelle-Calédonie.
Le CAPES réservé est un concours réservé, défini
par un texte officiel de 2001, et il doit se terminer en 2006 théoriquement.
Les conditions pour avoir accès au concours sont :
Etre de nationalité française ou ressortissant de lUnion
Européenne,
Avoir travaillé 2 mois dans lenseignement public entre le 10
juillet 1999 et le 10 juillet 2000.
Ce concours est destiné à résorber les emplois précaires
à lEducation Nationale. Le Capes réservé est un concours
de 3ème voie (il existe aussi en anglais, espagnol et allemand), et pour
faire créer un concours de 3ème voie il faut faire valoir le fait
quil existe un vivier denseignants non titulaire.
Situation dans le secteur privé.
Pour ouvrir une classe on lance un appel vers un pôle universitaire pour
trouver un enseignant, qui travaille alors avec un contrat dun an renouvelable.
Cette situation concerne entre 10 et 20 enseignants en France.
Il existe dans le privé un statut dAECE, ce qui correspond presque
à un statut de titulaire, la vraie titularisation pouvant intervenir
à la suite dune inspection.
Le japonais, au niveau des concours de lEducation Nationale, nest
pas classé parmi les " langues vivantes ", mais parmi les "
disciplines diverses " car il nexiste pas de Capes externe.
Situation de lenseignement du japonais dans le supérieur
(Hiroko Ôshima, maître de conférence, Paris7, Marion Saucier,
professeur agrégé, INALCO)
Selon le résultat des statistiques faites par la Fondation du Japon,
seulement 20% des apprenants de japonais dans le monde se trouvent dans le supérieur,
tandis que 60% sont dans le primaire et le secondaire. Par exemple, en Corée
du Sud, le pays étranger numéro un de lenseignement de japonais
et en Australie, numéro 3, les apprenants de japonais dans le primaire
et le secondaire dépassent la moitié. Par contre, la France est
un des pays où le pourcentage occupé par le supérieur dans
lenseignement du japonais est lun des plus importants, que ce soit
en nombre dapprenants (59%), denseignants (56%) ou détablissements
(49%). Je crois que ceci est dû au fait que lenseignement du japonais
a commencé avant tout en France en tant que formation nécessaire
mais secondaire pour former les chercheurs en japonologie (Nihongaku) et cette
vision restant jusquà nos jours me semble ne pas correspondre à
la réalité actuelle de lenseignement du japonais en France.
Le problème est que le japonais est toujours considéré
comme une des langues que lon commence à apprendre à luniversité
comme grands débutants, alors quen réalité il est
enseigné dans le secondaire (ou dans certains cas dans lélémentaire)
et que cette langue est bien intégrée (LV1, 2, 3) dans le Baccalauréat.
En réalité, il ny a pas vraiment de continuité concernant
le japonais. Tout le monde recommence comme débutant à luniversité,
car lenseignement de la première année à la Faculté
est organisé pour les grands débutants. Ni les acquis des japonisants
ni leurs efforts jusquau Baccalauréat ne sont pris en compte.
Cependant, les inscriptions de faux débutants dans le supérieur
sont de plus en plus nombreuses. Il y a deux ans, je me suis livrée à
une enquête auprès de nos étudiants
de Paris 7. Le tableau n°1 reprend les résultats. " Débutants
" désigne ici les étudiants qui ont commencé à
apprendre le Japonais à Paris 7 à partir du niveau zéro.
Tableau 1
Nombre de débutants
Nombre de Faux débutants
Nombre total
DEUG 1
82
49 (37,4%)
131
DEUG 2
23
32 (58,2%)
55
Licence
14
41 (74,5%)
55
MAITRISE
5
15 (75%)
20
On remarque que la proportion de faux débutants augmente avec le niveau.
Cela laisse entendre que seuls les faux débutants réussissent
à lexamen et que le niveau de cours de première année
étant influencé par leur présence devient trop difficile
pour les débutants. Ce tableau laisse également entendre que nous
ne réussissons pas vraiment à former nos propres débutants
en matière de langue et cela est contradictoire avec le fait que le japonais
est considéré comme une langue de grands débutants à
luniversité.
Pour résoudre cette contradiction, jespère que, dans lavenir,
les cours de japonais seront organisés selon les niveaux dans le supérieur,
dès la première année, comme lAnglais par exemple.
Et cela correspond bien à la direction actuelle de la France dans la
politique des langues européenne, qui demande à chaque établissement,
en vue de faciliter la mobilité, une lisibilité des enseignements
de langue en matière de curriculum et dorganisation des cours (contenu,
niveaux des objectifs à atteindre, et niveau acquis demandé, etc).
Les niveaux globaux devraient alors être bien établis pour pouvoir
évaluer les compétences des arrivants nationaux ou internationaux
qui ont travaillé avec des manuels et méthodes différents.
Madame Chantal Claudel de Paris 8, maître de conférence de FLE
a eu la gentillesse de bien vouloir rédiger une petite présentation
de ce Cadre européen, et je voudrais maintenant mappuyer sur son
document pour vous présenter ce cadre.
Le Cadre européen commun de référence pour les langues
Le Cadre européen commun de référence pour les langues
est, comme le précise J.-C. Beacco un instrument proposé
comme base pour assurer une meilleure lisibilité des enseignements de
langues (2004 : 25).
Conçu par le Conseil de lEurope, il sagit dun outil
destiné à établir une base de connaissances transversales
pour lensemble des langues de la communauté.
En ce sens, il constitue un dispositif de référence pour la mise
en place de programmes denseignement/apprentissage pouvant différer
selon les orientations de chacun au niveau des contenus, de la démarche
adoptée pour les mettre en uvre, de la méthodologie suivie,
etc. cependant que ces programmes poursuivent des objectifs partagés
au niveau européen. Dans ce contexte, la marge de manuvre offerte
aux concepteurs de programmes, aux auteurs de méthodes de langue, et
aux enseignants est grande. Le Cadre européen commun de référence
pour les langues ne fournit en effet aucun modèle à suivre.
Se dessine en toile de fond du Cadre européen, la volonté
de coordonner, dharmoniser les programmes relatifs à une même
langue et lidée de proposer des contenus denseignement normés,
suivant des orientations précises. Cest ainsi quune certaine
unité transparaît, dissipant la mise en place de contenus élaborés
en fonction des aspirations de chacun.
Le découpage des compétences
Dans son approche des différentes compétences, le Cadre européen
commun de référence pour les langues propose un découpage
en six niveaux de maîtrise : introductif ou de découverte (A1),
de survie ou intermédiaire (A2), seuil (B1), avancé ou utilisateur
indépendant (B2), autonome (C1) et de maîtrise (C2) (cf. Cadre
européen 2004 : 24).
Il distingue en outre trois profils dutilisateurs : élémentaire,
indépendant, expérimenté qui vont chacun regrouper deux
niveaux de maîtrise :
pour le profil élémentaire, il sagira des niveaux introductif(A1)
et de survie (A2) ;
pour le profil indépendant, il sagira des niveaux seuil (B1)
et avancé (B2) ;
pour le profil expérimenté, il sagira
des niveaux autonome (C1) et de maîtrise (C2).
Tableau 2
Utilisateur
A
élémentaire
B
indépendant
C
expérimenté
Niveau
A1
Introductif ou de découverte
A2
de survie ou intermédiaire
B1
seuil
B2
Avancé ou utilisateur indépendant
C1
autonome
C2
de maîtrise
De plus, les compétences prises en compte pour chaque niveau intègrent
les trois événements de communication suivants : comprendre,
parler et écrire.
Pour ce qui est de la production orale (parler), elle combine non seulement
laptitude à prendre part à une conversation ,
mais également laptitude à sexprimer oralement
en continu .
Cette distinction implique la mobilisation de savoirs, de savoir-faire (cest-à-dire
à ce que lon est capable de faire avec la langue) et de "savoir
être " (soit les attitudes attendues dans une situation donnée,
mais aussi les traits de la personnalité : silencieux/bavard ; entreprenant/timide,
etc.* ). *Cet aspect joue un rôle essentiel dans lapprentissage,
dans la mesure où il peut faciliter ou au contraire, entraver lapproche
dune langue étrangère (cf. Cadre européen
2004 : 85).
Ces savoirs, ces savoir-faire et ces " savoir être " peuvent
varier selon lactivité engagée, dans la mesure où
prendre part à une conversation nécessite la maîtrise
de lensemble des paramètres afférents au cadre interactionnel
dans lequel léchange prend place. En dautres termes,
prendre part à une conversation suppose une connaissance des normes
interactionnelles et partant, lintégration dans son propos de facteurs
comme le rôle et le statut des partenaires interactifs (connu, inconnu,
égaux, supérieur/inférieur hiérarchiques ),
cela suppose aussi une prise en compte de lenvironnement immédiat
(salle de cours, wagon de métro, ascenseur), le temps dont on dispose
(quelques secondes :entre deux stations de métro par exemple, plusieurs
heures), etc.
Par ailleurs, sexprimer oralement en continu intègre
la capacité à prendre la parole de façon soutenue sur un
thème donné. Des capacités comme la prise en compte de
lauditoire, la distance aux notes, la maîtrise dun écrit
oralisé, la fluidité, etc. constituent des éléments
de mesure de cette compétence qui, on le voit, se distingue de la conversation.
Ainsi, lexposé, la présentation de projet, le résumé
oral, etc. sont autant de tâches permettant lentraînement
et/ou lévaluation de cette compétence.
Donc, à chacune de ces compétences orales et écrites, correspondent
des descripteurs ou en dautres termes, une explicitation des performances
attendues pour que le niveau soit atteint.
Dans le tableau qui suit, les descripteurs concernent le niveau A1 (niveau introductif).
Ils indiquent ce que lapprenant doit savoir faire pour que le niveau en
question soit atteint :
Tableau 3
Comprendre
Écouter
Lutilisateur/apprenant, au niveau
A1, peut comprendre des mots familiers et des expressions très courantes
au sujet de lui-même, de sa famille et de son environnement concret
et immédiat, si les gens parlent lentement et distinctement.
Lire
Il peut comprendre des noms familiers,
des mots ainsi que des phrases très simples, par exemple dans des
annonces, des affiches ou des catalogues.
Parler
Prendre part à une conversation
Il peut communiquer, de façon
simple, à condition que linterlocuteur soit disposé
à répéter ou à reformuler ses phrases plus lentement
et à laider à formuler ce quil essaie de dire.
Il peut poser des questions simples sur des sujets familiers ou sur ce dont
il a immédiatement besoin, ainsi que répondre à de
telles questions.
Sexprimer oralement en continu
Il peut utiliser des expressions et
des phrases simples pour décrire son lieu dhabitation et les
gens quil connaît.
Écrire
Écrire
Il peut écrire une courte carte
postale simple, par exemple de vacances. Il peut porter des détails
personnels dans un questionnaire, inscrire par exemple son nom, sa nationalité
et son adresse sur une fiche dhôtel.
(Rosen 2004 : 25)
Cest à la faveur de ces descripteurs que tout un chacun peut se
référer pour déterminer :
dans le cadre de la mise en place de programmes dapprentissage, les
différentes fonctions (et les actes de parole) à transmettre
ainsi que les notions qui leur correspondent ;
ou dans le cadre dévaluation pronostique (soit en début
dapprentissage) ou dévaluation sommative (soit à
la fin) par exemple, le profil dutilisateur et le niveau atteint ou
à atteindre par les apprenants.
Cest, de plus, un instrument de mesure transversal, puisquil fait
lobjet dun consensus de la part de lensemble des pays européens.
Bibliographie
Beacco, J.-C. (2004) : Influence du Cadre (CECR) sur les programmes et
les dispositifs dévaluation , Le Français dans
le Monde, n° 336, nov-déc. 2004, 25-28.
Cadre européen commun de référence pour les langues,
2000, Paris/Strasbourg, Didier/Conseil de lEurope.
Rosen, E. (2004) : Du niveau A1 au niveau C2. Étude relative à
la répartition des compétences et des exposants linguistiques
, Niveau B2 pour le français, Textes et références,
Paris, Didier.
Les niveaux établis dans ce Cadre sont déjà intégrés
de manières officielles dans des domaines différents. Par exemple,
les examens de français (DALF, DELF et TCF) sont basés sur ses
niveaux : Diplôme Approfondi de Langue Française correspond au
niveau C2 ; le premier niveau du Diplôme dEtude en Langue Française
à B1 et le deuxième niveau à B2 ; et les trois examens
du Test de Connaissance du Français, respectivement à A1, A2 et
B1.)
Ce qui nous concerne le plus, cest lintégration de ces niveaux
dans les programmes des enseignements de langues vivantes au lycée, bien
que cela dépasse le cadre du supérieur qui ma été
attribué. Depuis 2003, neuf langues (anglais, allemand, espagnol, italien,
portugais, russe, arabe, hébreu et chinois) (pourquoi pas le japonais
?) établissent des programmes communs, tout en intégrant les niveaux
du Cadre européen dans les descriptions des niveaux objectif à
atteindre à la fin de la Terminale. Je vais vous présenter brièvement
les programmes de chinois, car nous pourrons les prendre comme exemples à
suivre dans une certaine mesure. Jutilise trois publications comme référence
:
Bibliographie pour les programmes de chinois
-Chinois, classe de seconde générale et technologique,
collection Lycée-voie générale et technologique, série
Programmes, Ministère de lEducation nationale, de lEnseignement
supérieur et de la Recherche, Direction de lenseignement scolaire,
CNDP, octobre 2003
-Chinois, classe de seconde générale et technologique,
collection Lycée, série Accompagnement des programmes, Ministère
de lEducation nationale, de lEnseignement supérieur et de
la Recherche, Direction de lenseignement scolaire, CNDP, 2003
-Chinois, classe de première series générales et technologiques,
collection Lycée-voie générale et technologique, série
Programmes, Ministère de lEducation nationale, de lEnseignement
supérieur et de la Recherche, Direction de lenseignement scolaire,
CNDP, février 2004
Les huit langues à lexception du chinois proposent le même
tableau comme objectifs de fin de cycle :
Tableau 4 : Objectifs de fin de cycle pour les
8 langues
LV1
LV2
LV3
Compréhension de loral
B2
B1/B2
A2/B1
Interaction orale
B1/B2
B1
A2
Expression orale
B2
B1/B2
A2/B1
Compréhension de lécrit
B2
B1/B2
A2/B1
Expression écrite
B2
B1/B2
A2/B1
Nous comprenons tout de suite que le décalage de lapprentissage
oral et écrit nest pas de tout pris en compte par les enseignants
de ces huit langues. Par contre le programme de chinois présente lui
seul un autre tableau. Pour la facilité de compréhension, jai
ajouté les niveaux présentés par les huit langues entre
parenthèses :
Tableau 5 : Objectifs
de fin de cycle pour le chinois
LV1
LV2
LV3
Compréhension de
loral
A2/B1 (B2)
A2 (B1/B2)
A1/A2 (A2/B1)
Interaction orale
B1 (B1/B2)
A2 (B1)
A1 (A2)
Expression orale
B1 (B2)
A2 (B1/B2)
A2 (A2/B1)
Compréhension de
lécrit
A2 (B2)
A1/A2 (B1/B2)
A1 (A2/B1)
Expression écrite
B1 (B2)
A2 (B1/B2)
A1 (A2/B1)
Nous comprenons que les niveaux objectifs présentés
par le chinois sont plus bas dun ou deux niveaux par rapport aux autres
langues et que le décalage de développement des compétences
orales et écrites est pris en compte dans lenseignement de chinois.
Et cette considération largement partagée par les enseignants
de japonais nest pas quelque chose dévident pour les enseignants
dautres langues. Il faut donc montrer et expliquer les différences.
Je tire trois points positifs de ces publications du chinois : premièrement,
les programmes de chinois expliquent les spécificités de lenseignement
du chinois de manière très détaillée, de manière
à être compris par les non-spécialistes. Et par ce fait,
ils réussissent à marquer la différence et se faire connaître
également. Lenseignement du japonais en France pourrait sinspirer
de cet esprit de publicité.
Deuxièmement, pour alléger le poids de lapprentissage de
la lecture et de lécriture et pour ne pas freiner celui doral,
ces programmes contiennent des réflexions très intéressantes
qui sont applicables pour lenseignement de japonais.
Troisièmement, laccompagnement des programmes rédigé
sous la direction de Joël Bellassen contient de nombreux conseils pratiques
applicables en cours pour les enseignants débutants ainsi comme des exemples
dexercices et des images utilisables en cours. Je crois que ce genre de
chose sera nécessaire pour le japonais et ce sera très profitable
pour former les futurs enseignants de japonais.
Conclusion,
Nous avons vu au début très brièvement létat
de lenseignement du japonais dans le supérieur qui est complètement
coupé de celui du secondaire. Jai parlé de la nécessité
de lorganisation des cours selon des niveaux différents à
luniversité pour valoriser lenseignement du secondaire. Pour
assurer la continuité secondaire-supérieur, il faut des programmes
bien établis dans deux sens : dune part vertical assurant
une continuité de la sixième jusquà la terminale,
dautre part horizontal assurant une cohérence entre
LV1, LV2,et LV3. Pour cela, il faut suivre également la direction et
la tendance actuelles des choses.
Depuis plusieurs années, le développement remarquable de lenseignement
du chinois a eu de temps en temps des conséquences indésirables
sur celui du japonais (suppression de postes, fermeture de cours, etc). Cependant,
il ne faut pas se contenter de faire la grimace et de sen plaindre. Il
y a des choses à prendre pour modèle, pour survivre et se développer
dans le cadre actuel du passage de lenseignement des langues à
la dimension européenne.
Synthèse de la première partie, par Cécile Sakai
En deux décennies depuis la création de lagrégation
en 1984, lenseignement du japonais a pris une certaine maturité,
et il est devenu un véritable système avec tous les niveaux, secondaire,
supérieur, que ce soit dans le public comme dans le privé, avec
ses concours agrégation et CAPES réservé. La Société
Française des Etudes Japonaises (SFEJ) et lAssociation de Enseignants
de Japonais en France (AEJF), ont joué un rôle important dans ce
développement.
La Fondation du Japon recensait en 2003 en France 50 établissements secondaires
avec 95 enseignants pour 3710 élèves, 90 établissements
denseignement supérieur avec 227 enseignants pour 7580 étudiants,
et 41 établissements avec 142 enseignants pour 3155 apprenants, soit
au total 14.445 apprenants, ce qui donne à la France le second rang des
nations européennes enseignant le japonais, la Grande-Bretagne étant
en tête. Cet enseignement est un soutien aux relations franco-japonaises.
Mais la réalité est mouvante, doù lintérêt
de mieux la cerner. Bien que la courbe de progression de lenseignement
du japonais dans le supérieur soit ascendante, il nen va pas de
même dans le secondaire, où il existe une certaine précarité.
Il y a moins délèves, lagrégation na
pas eu lieu deux sessions de suite, doù le signal dalarme
que nous avons tiré. Une session dagrégation aura lieu en
2006, avec probablement Emmanuel Lozerand à sa présidence.
Ce dernier point est rassurant, mais nous navons pas de garantie davenir.
Limpact du Japon est certes important, en tant que représentant
du pôle asiatique, mais les progrès du chinois sont remarquables,
et il ne semble pas y avoir de place dans les mêmes lieux pour les deux
enseignements, car ils sont considérés comme étant de même
catégorie, avec des objectifs proches. Il nous faut donc trouver des
solutions, non pas en terme de rivalité, mais afin de nous maintenir
à un niveau convenable.
Parmi les raisons invoquées " contre " le japonais récemment,
on entend dire que " le japonais est démodé ", ou encore
" soccuper de la Chine plutôt que du Japon, cest soccuper
plutôt de la Pologne que de lAllemagne ". Il nous faut tenter
de maintenir un minimum de positions dans le système éducatif
français, de la base jusquà la recherche, et pour ce faire
la mobilisation de tous est indispensable.
Nous devons faire la promotion de lenseignement du japonais
- au niveau local des établissements et des rectorats,
- au niveau du Ministère de lEducation Nationale, par la mise en
place de programmes officiel et dun CAPES externe, et en harmonisant les
enseignements secondaires et supérieur
- au niveau de lEurope en entrant dans le Cadre Européen, et
- au niveau international en développant des techniques de didactique
et une réflexion sur ces techniques.
Compte rendu par F.Barazer
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