MASUO Shin.ichirô


Les légendes d’immortels taoïstes (shinsen) et le bouddhisme : dans le cadre d’une comparaison entre le Japon et la Corée

Dans le Honchô shinsen-den (Biographies d’immortels taoïstes de notre pays) d’Ôe no Masafusa, écrit vers la fin du XIe siècle, la majeure partie des personnages est constituée par des moines ou des fidèles du bouddhisme. Les pratiques ascétiques auxquelles ils s’adonnaient étaient les techniques de nourriture du principe vital (yôjô-hô) telles que l’abstention d’ingestion de céréales (heki-koku), l’absorption de drogues médicamenteuses (fukuji) ou les techniques sexuelles (techniques "de chambre ", bôchû) ; à la différence des ermites taoïstes que l’on trouve dans les ouvrages chinois Lie xian zhuan (Biographies d’ermites taoïstes) attribué à Liu Xiang ou dans le Shenxian zhuan (Biographies d’immortels) de Ge Hong qui, eux, manient les techniques d’alchimie (rentan-jutsu). A l’exception de l’empereur Ninmyô qui aurait ingurgité de l’élixir doré (kin.eki tan), on ne perçoit pas un grand intérêt pour l’alchimie taoïste au travers des documents tel que Fukuyaku chûrô gen-ki( Récit du prodige de l’acquisition de la longévité par l’absorption de drogues) de Miyoshi Kiyoyuki. Il en va de même pour l’époque d’Edo comme le montre Honchô ressen-den(Biographies d’ermites taoïstes de notre pays) de Tanaka Genjun au XVIIe siècle. Ainsi, les ermites taoïstes étaient considérés au Japon comme des ascètes bouddhiques.

En contraste avec cela, en Corée, dans le Haedong jondo rok (Chroniques de la transmission de la voie à l’est de l’océan) de Han Muoe ou le Haedong yijeok (Miracles de l’est de l’océan) de Hong Manjong, tout deux datant de la dynastie des Ri du XVIe au XVIIe siècle, les ermites taoïstes représentés sont plutôt friands de techniques d’alchimie, plus particulièrement d’alchimie interne (naitan), cette dernière ayant donné ensuite naissance à l’école des immortels de l’est de l’océan (kaitô sen-ha). Cependant, l’objectif n’était pas comme en Chine d’atteindre l’immortalité, mais tout restait centré sur la nourriture du principe vital, ce qui constitue plutôt un point commun avec le Japon.

Je pense que ces écarts régionaux sont dus en grande partie aux différences dans le processus de réception du taoïsme et des croyances envers les immortels. Dans le présent exposé, je voudrais réfléchir sur les spécificités religieuses et l’arrière-plan historique de ces derniers à partir des relations entre les légendes liées aux immortels et le bouddhisme.
 

MASUO Shin.ichirô

Né en 1956. Professeur à l’université Seitoku de Tôkyô.
Spécialité : histoire des courants de pensée du Japon et d’Asie orientale.
Ouvrages principaux : Man.yô kajin to chûgoku shisô (Les poètes du Man.yô-shû et la pensée chinoise), éd. Yoshikawa kôbunkan ; Ajia sho-chiiki to dôkyô (Le taoïsme dans les différentes régions asiatiques), éd. Yûzankaku.