WATANABE Kyôichi


Corps des kami et corps des bouddhas

Le présent exposé a pour but de discourir du corps des kami et de celui des bouddhas. J’y analyserai le fait que les bouddhas en arrivent à être dotés d’un corps de chair trouve son origine dans le syncrétisme shintô-bouddhisme (relations entre les kami et les bouddhas), le shinbutsu shûgô.
A l’époque du gouvernement par les empereurs retirés (inseiki), on voit apparaître des " corps de bouddha vivant " (shôshin-butsu), ou encore des histoires de l’Uji shû-i monogatari avec des bouddhas qui possèdent un corps tout ce qu’il y a de plus concret. Ces phénomènes vont de pair avec les changements qui ont lieu dans la sculpture bouddhique, et indiquent l’arrivée de l’ère d’un nouveau bouddha.
Pourquoi le bouddha qui, à l’origine, ne possède (ne peut pas posséder) de corps se manifeste-t-il aux hommes dans un corps de chair ? Je propose de montrer comment l’attribution d’un corps au bouddha s’est produite par le contact (fusion) avec les kamis qui possédaient un corps robuste (un sexe), et de rechercher la possibilité de l’équation "bouddha adoptant les caractères des kamis = japonisation " au travers des histoires de honji (bouddha ou boddhisattva originel) ou d’élus (môshigo-dan). Je voudrais également revenir sur un débat auquel on ne manque jamais de faire allusion lorsqu’il est question de l’aspect corporel des kamis : le problème de " l’ esprit ", ou tama, et de son réceptacle (kara), en insistant particulièrement sur " l’aspect corporel " (shintai-sei) du premier. Je considère que le syncrétisme shintô bouddhisme n’est pas unilatéral dans le sens kami -Bouddha, mais a évolué par influence réciproque des deux partis.

 


WATANABE Kyôichi
Né en 1962. Maître de conférences à la faculté de littérature de l’université de Shinshû.
Spécialité : littérature médiévale japonaise.
Principaux articles : " Shintô-shû to Suwa myôjin – ôken, nikushoku wo megutte- " (Le Shintô-shû et la divinité de Suwa : à propos du pouvoir impérial et de la consommation de viande), Muromachi n°2 ; " Dajin Kinmamon – jôdo-sô Taichû to Ryûkyû no kamigami- "_ (Le dieu serpent Kinmamon : un moine de l’école de la Terre Pure, Taichû, et les divinités des Ryûkyû), Bungaku n° 9-3 ; " Nichi-ryû ôkan – Tametomo banashi ni miru sa.i-ka to sabetsu-ka, dôitsu-ka no rekishi- " (Voyages entre le Japon et les Ryûkyû : distinction et discrimination vues dans les anecdotes concernant Tametomo, une histoire de l’assimilation), Kokubungaku, kaishaku to kyôzai no kenkyû n° 46-10.