OGAWA Toyoo
La rencontre du shintô et du zen vue au travers de lhistoire
des échanges culturels en Asie orientale
Lorsqu'on se propose de réfléchir aux " kami et Bouddha
" dans un Japon conçu comme partie intégrante de la zone
culturelle de lAsie orientale, il me semble extrêmement pertinent
délucider le rôle qua joué le zen au cours du
Moyen-age. Les études sur la culture du Japon, constituée autour
d'intenses échanges internationaux auxquels ont participé les
moines zen du début du XIIIe siècle, laissent encore de nombreuses
questions en suspens. On saccorde généralement à
considérer que la tradition culturelle japonaise à partir du Moyen-ge
sest développée sous la forte influence du zen, mais il
me semble que certains points concrets nont pas encore été
suffisamment éclaircis : quels éléments du zen ont-ils
été intégrés, et quand lont-ils été
? Pourquoi le zen a-t-il eu ce retentissement ? Par exemple, lorsque les croyances
autour du sanctuaire dIse ont été, au début du Moyen-Age,
pour la première fois réellement théorisées, la
pensée zen toute fraîchement arrivée du continent a été
pour ce faire largement mise à contribution. Il ne faut pas oublier aussi
quen arrière-plan de ce phénomène, on trouve un réseau
à caractère international, constitué par des religieux
bouddhiques qui circulaient entre la Chine, la Corée et le Japon de lépoque.
Que sest-il passé lorsque le " shintô ", généralement
considéré comme la religion japonaise vénérant les
divinités ou kami, a rencontré le zen, tout dernier système
de pensée dAsie orientale ? Cette question en elle-même montre
très bien quune approche historique des échanges culturels
dans cette région du monde est indispensable pour une bonne compréhension
de la culture religieuse du Japon médiéval. Une entreprise qui
constituerait à se pencher à nouveau sur des problèmes
qui, comme ceux -ci, concernent lépoque pré-moderne, mais
en dépassant le cadre étroit et local d'un pays déterminé
pour se replacer dans le cadre de la région tout entière, pourrait
sans doute devenir une importante pierre de touche, en particulier dans lactualité
dun Japon en quête de spécificité. Si, Zen to nihon
bunka (Le zen et la culture japonaise) de Suzuki Daisetsu est très
connu parmi les études traitant de ce problème, je voudrais profiter
de loccasion qui mest ici donnée pour rechercher les possibilités
dune nouvelle approche théorique du rapport entre " zen et
culture japonaise ".
OGAWA Toyoo
Né en 1953. Maître de conférences à la faculté
des cultures et langages internationaux de luniversité de Setsunan.
Spécialiste de littérature et de religion médiévales
japonaises, de mythologie, et du waka. Auteur, entre autres, des articles :
" Gensô no Shittan " (Le siddham imaginaire), " Shunzei
jisan waka no koto to tenkei-ki no waka-kan " (" Les poèmes
auto-élogieux de Shunzei " et la conception des waka durant la période
de mutation), " Uta-kotoba no seiji-gaku " (Etude politique du vocabulaire
poétique).