Watanabe Kenji
Les Hommes et les Femmes à travers les légendes relatives aux
filles de joie du XVIIe siècle au XVIIIe siècle en Asie Orientale.
Je voudrais traiter ici des légendes relatives aux filles de joies du
XVIIe siècle au XVIIIe siècle en Asie Orientale, notamment en
Chine, en Corée et au Japon, qui ont acquis une haute réputation
dans leurs pays respectifs.
Qu'est-ce qui a fait la renommé de ces courtisanes de haut rang dans
chacun de leur pays ? Un examen comparatif des raisons de leur succès
permettrait de voir comment y étaient considérées les courtisanes.
On peut donner d'avance un aperçu de ce qui caractérise les courtisanes
de chaque pays : "l'esprit chevaleresque en Chine, le sens du devoir en
Corée, la compassion (les sentiments) au Japon, la piété
filiale à Okinawa". Je mentionnerai également des documents
écrits en chinois classique relatifs à ce sujet.
Dans le cas de la Chine, ce sont Panqiao zaji, "Les notes du pont qui
mène au quartier des fleurs" et son second volume, écrits
tous deux par Yu Huai, qui constituent la grande partie des documents archivés
en la matière en Chine. Panqiao zaji décrit Taizhun, quartier
de plaisirs situé à Nankin (Kinling) entre la fin de la dynastie
Ming et le début de celle de Quing. Le deuxième volet date de
1784, an 48 de l'ère Quianrieu. Panqiao Zaji a été réimprimé
au Japon en 1772 (an 9 de l'ère Meiwa) et publié sous le titre
de Tôdo Meigi den, "Biographies des grandes courtisanes de Chine"
en 1814 (an 11 de l'ère Bunka). Il a exercé une influence considérable
sur le share-bon, "livrets plaisants". C'est plutôt dans le
second volume de Panquiao Zaji qu'on trouve plus d'anecdotes relatives aux grandes
courtisanes de renommée
.
Les grandes courtisanes de Chine dont je vais parler sont : Ma Xiangran, femme
de grande générosité à l'esprit chevaleresque, qui
ne lésignait pas sur l'argent qu'elle donnait aux jeunes gens, Li Xiangjun
qui perdit toute sa fortune aux jeux, amatrice d'hommes braves, privilégiant
la fidélité contre tout l'argent quon pouvait lui proposer,
Ge Nen qui, pour rester fidèle à son amant, le guerrier Sun Kexian,
préféra se couper la langue en la mordant et asperger la figure
de son adversaire du sang contenu dans sa bouche, ou encore Kou Baimen connue
pour son esprit chevaleresque.
Pour ce qui est de l'histoire des quartiers de plaisirs de Corée, je
me suis appuyé essentiellement sur l'ouvrage Histoire de fleurs en langue
coréenne (publié en 1927, éd. Tôyô Shoin, Kanrin
shorin). Parmi les courtisanes traitées dans cet ouvrage, la plus célèbre
est considérée comme une grande poétesse dans les milieux
poétiques de Corée. Je voudrais parler également dune
autre, qui jouit, de nos jours encore, dune réputation de courtisane
au sens du devoir aigü. Elle a connu la période des campagnes menées
en Corée à deux reprises par Toyotomi Hideyoshi durant les ères
Bunraku et Keichô, 1592 et 1596. Au cours de la bataille de Chinju, pour
sauver sa patrie, elle sest donné la mort en se jetant dans un
fleuve, entraînant avec elle le commandant des armées adverses
japonaises qu'elle avait séduit pour le mener dans ce piège.
Au Japon, nous disposons, comme documents relatifs aux filles de joie, du Shikidô
ôkagami, " Le grand miroir des plaisirs ", une sorte de grande
encyclopédie en matière de quartiers de plaisirs dans laquelle
se trouvent des histoires de grandes courtisanes, ainsi que des notes d'appréciation
de femmes de joie écrites principalement en chinois classique, ainsi
que de Shoen ôkagami (le Grand Miroir des aventures galantes) et de Kôshoku
ichidai otoko (Vie d'un ami de la volupté) dIhara Saikaku. Tiré
de ces ouvrages jaborderai les exemples de Yoshino, connue jusqu'en Chine
pour s'être livrée à un homme de basse condition, en l'occurence
à un forgeron, et de Kaneyama de Nagasaki qui acquit se réputation
de grande courtisane pour s'être occupée dun mendiant malgré
les vives critiques dont elles faisait lobjet.
A partir des documents d'Okinawa, je voudrais souligner les similitudes dans l'existence dAmma, "anciennes" de quartier de plaisirs d'Okinawa et celle des tenancières de maisons closes en Chine, et par là étudier les différences entre le Japon, la Chine et Okinawa du point de vue de lorganisation des quartiers de plaisirs. Je présenterai également le sentiment de nostalgie du village natal tel que la chanté Onkaku, et étudierai aussi les comportements des courtisanes Juli imprégnées de piété filiale. De plus, tout en citant ces divers documents en chinois classique, je voudrais mentionner les différences qui existent entre ces pays par rapport aux légendes contant lorigine des courtisanes.
Watanabe Kenji
Né en 1944. Professeur à l'université de Rikkyô.
Docteur ès lettres. Spécialité : littérature de
l'époque d'Edo
Principaux ouvrages :
Edo Yûri Seisui-ki, "Chronique de la grandeur et de la décadence
des quartiers de plaisirs à l'époque d'Edo" (éd.,
: Kôdansha Gendai Shinsho)
Kinsei daimyô bungei ken, "Monde des arts et littérature des
daimyô de l'époque d'Edo" (éd.,: Yagi Shoten).