SIXIEME COLLOQUE DE LA SOCIETE FRANÇAISE DES ETUDES JAPONAISES
SESSION LITTERATURE
18/12/04 9h00 Emmanuel LOZERAND
INALCO
Chemin de mort, sentier de vie
Écriture et maladie chez Masaoka Shiki (1896-1902)
"Dans la maladie, il voit plutôt un point de vue sur la santé ; et dans la santé, un point de vue sur la maladie." (Gilles Deleuze, à propos de Nietzsche)
Au moment même où une tuberculose osseuse incurable lenferme
chez lui, le cloue à son lit de douleur, Masaoka Shiki commence la rédaction
dune série de fragments en prose que seule sa mort interrompra
: Shôra gyokueki (Haute sève du lierre, 1896), Bokuju itteki (Une
goutte dencre, 1901) et Byôshô rokushaku (Un lit de malade,
six pieds de long, 1902). Il les publie en feuilleton dans le quotidien Nihon.
Parallèlement, dans les derniers mois de sa vie, il tient aussi une sorte
de journal, Gyôga manroku (Notes désordonnées dun
homme couché, 1901-1902). Ces textes sont généralement
classés dans le genre de lessai au fil du pinceau (zuihitsu).
Lécriture de Shiki dit la maladie, elle en naît. Même
sils échouent à la décrire véritablement,
et ce nest dailleurs sans doute pas leur visée première,
ces fragments ne cessent den éclairer de multiples aspects : la
douleur, les limitations du désir, laltération de la conscience
du temps et de lespace par exemple. À ce titre, il sagit
bien là dun document. Doublement essentiel : par ce quil
nous apprend sur « lêtre-malade » en tant que tel, mais
aussi parce que la maladie est bien une des fenêtres quouvre Shiki
sur le réel.
Mais ces essais au fil du pinceau sont aussi consolation. Autant que la souffrance,
ils disent loubli de celle-ci, les tentatives pour la déjouer.
Visites, bavardages, lettres, lectures, poèmes, croquis, contemplations,
rêves, souvenirs : lécriture, en écho, se fait pharmacopée.
Mais mieux encore elle se tresse à ces remèdes, les réactive.
Est-il pour Shiki de consolations qui ne soient avant tout dicibles ?
Alors même quils ponctuent son chemin vers la mort (shiro),
son agonie, ces textes débordent dune étonnante vitalité.
Humour, lyrisme, colère, nostalgie, badinage : leurs modulations dessinent
un fascinant sentier de vie (katsuro), tout entier concentré
dans lélan dun style dont on voudrait saisir ici quelques
caractéristiques.
Chez cet incroyant de Shiki, lécriture est-elle autre chose au
bout du compte, pour reprendre lexpression de Pascal, quune prière
pour demander à Dieu le bon usage des maladies ?
Années dapprentissage de Nagai Kafû
Dans la vie de Nagai Kafû (1879-1959), la période entre 1908 et
1911 a été la plus productive. Ses séjours aux Etats-Unis
(1903-1907) et en France (1907-1908) ont amené Nagai Kafû à
écrire deux recueils rassemblant des textes de nature hétérogène
: Amerika monogatari (Récits dAmérique) et Furansu monogatari
(Récits de France), publiés respectivement en 1908 et en 1909.
Puis il a publié des uvres telles que Kangokusho no ura (Derrière
la prison), Kanraku (Plaisir), Kichôsha no nikki (Journal de celui revenu
de létranger), Sumidagawa (la Sumida), Reishô (Rire glacé),
Kôcha no ato (Après le thé anglais) entre 1909 et 1911.
Dans cette communication, je voudrais me pencher sur la formation de lécrivain
et son évolution jusquà sa reconnaissance littéraire
après son séjour en Occident. Il faut rappeler que Nagai Kafû
débute dans le monde littéraire en 1898, lorsque, à lâge
de 20 ans, il devient le disciple de Hirotsu Ryûrô, un membre de
Ken.yûsha (Les amis de lécritoire). Ses premières
années dapprentissage sont consacrées à limitation
et à la copie des écrits de son maître et de quelques auteurs
influents de lépoque. Cette initiation au métier décrivain
assurée par un maître na rien dextraordinaire ; elle
correspond à une formation typique de lépoque.
Se pose alors la question suivante : si Nagai Kafû arrive à percer
parmi les naturalistes japonais qui dominent la scène littéraire
depuis 1907, grâce à son originalité quil semble déployer
dès son retour au Japon en 1908, quest-ce qui a fait surgir cette
originalité ? Comment sarticulent ses séjours en Occident
et sa formation initiale, somme toute « banale » et « modèle
» ?
Dans cet exposé, janalyserai les textes de Nagai Kafû antérieurs
à son départ aux Etats-Unis afin de mettre en évidence
le développement et le changement de styles et de thèmes qui sopèrent
dans ses écrits du début. Concrètement, jexaminerai
le travail de va-et-vient entre le bungo (style écrit) et le kôgo
(style parlé) et la transition opérée entre les nouvelles
à la manière de Hirotsu Ryûrô (écrites entre
1899 et 1901) et les romans empreints de naturalisme zolien : Yashin (Ambition)
et Jigoku no hana (La fleur de lenfer) en 1902, et Yume no onna (La femme
du rêve) en 1903.
18/12/04 10h10 Vincent PORTIER
Université Marc Bloch, Strasbourg
Limage dun autre monde dans les récits dIshikawa Jun
des années trente et des années quarante
Les personnages des récits quIshikawa Jun écrivit dans
les années trente et les années quarante sont la plupart du temps
écartelés entre le monde de tous les jours dans lequel ils vivent
et un autre idéal quils appellent de leur vux. Ce dernier
se présente sous différents aspects selon le genre de loeuvre
ou lépoque à laquelle il est évoqué, mais
joue toujours un rôle central dans la manière dont Ishikawa Jun
conçoit son écriture.
Entre 1935 et 1939, la plupart des récits mettent en scène des
narrateurs à la première personne du singulier ou des personnages
pris dans la réalité bassement matérielle de lunivers
qui les entoure et aspirant à un espace supérieur dun point
de vue moral, intellectuel ou artistique. Parallèlement, cette nostalgie
dune dimension supérieure de la vie est présentée
à travers une série de contes entre 1938 et 1941, dont laction
se déroule la plupart du temps en Chine et dans le passé. Y sont
présentées des descriptions de paradis bienheureux réservés
aux êtres dexception que sont les Immortels. Les héros ont
souvent un contact bref avec ces lieux et ne rêvent que dy retourner.
Que ce soit dans les récits ou dans les contes, lautre monde dont
il est question est en réalité le même. Cest le mirage
inaccessible qui va pousser les personnages à continuer leur course au
travers de laridité du monde du quotidien. En dautres termes,
cette image est au cur de la dynamique du récit même.
Après quelques années de silence, les récits de la période
1945-1949 ne présentent plus quun Japon de laprès-guerre
où tout idéal a disparu, et où le monde est revenu à
un état primitif. Les hommes qui le peuplent ne sont plus gouvernés
que par leurs instincts. Et pourtant, les personnages, des narrateurs, qui dans
un premier temps semblent réduits à partager les mêmes intérêts
triviaux que leurs compatriotes, vont finalement par lintermédiaire
de visions aux couleurs dun merveilleux chrétien redécouvrir
le sens du divin, et parvenir ainsi au seuil dune dimension nouvelle.
Celle-ci sera explorée par des héros à la troisième
personne dans des récits qui peu à peu se feront plus étranges.
La Conception virginale (Shojo kaitai) est une expérience audacieuse
au cours de laquelle lhéroïne, à force de chercher
une dimension où elle soit libre, passe du monde matériel dans
le monde surnaturel puis finit par disparaître du récit. Dans ce
mouvement, les limites de la narration finissent par être dépassées,
et une nouvelle conception de lécriture envisagée, qui la
fait verser vers un certain type de fantastique, et lui permet ainsi des possibilités
de développement sans nombre.
18/12/04 10h45 Brigitte LEFEVRE
Université Paris 7
Lire un journal intime
Réflexions sur le « pacte de lecture » des journaux intimes
Oeuvres de Natsume Sôseki, Nogami Yaeko et Tanizaki Junichirô
Des auteurs de récits fictifs ont emprunté les conventions du
journal pour utiliser à des fins esthétiques leffet dintimité
produit par la forme mais aussi pour jouer avec le miroitement des regards rendu
possible par linterchangeabilité et le cumul des rôles :
diariste, protagoniste, et lecteur. Ces journaux fictifs en nous donnant à
voir, dans le récit, un lecteur face au pacte autobiographique et référentiel
proposé par le diariste offrent un commentaire sur la nature du pacte
de lecture en jeu dans les journaux intimes.
On saperçoit que le pacte autobiographique tel quil est défini
par Philippe Lejeune reste incomplet dans la mesure où le diariste en
quête didentité nassumera celle-ci quau terme
du journal, cest-à-dire bien souvent après sa mort, et que
ce qui est donné pour vrai nest pas forcément reçu
comme tel. Dans Wagahaiha neko dearu (Je suis un chat, 1906) de Natsume Sôseki,
le chat, à la fois narrateur, spectateur et sujet observé, devient
aussi lecteur quand il lit le journal intime de son maître.
Dans Kagi, (La Clef, 1956) de Tanizaki Junichirô, deux époux
tiennent chacun un journal et lisent celui de lautre tout en feignant
de ne pas le faire. Ainsi lauteur peut-il mettre subtilement en lumière
la dialectique intersubjective qui permettra aux deux protagonistes, tour à
tour diariste et lecteur, de se définir lun par lautre. Dans
Kanashiki shinju (Une Triste perle, 1935) Nogami Yaeko réintègre
le temps, élément essentiel des vrais journaux qui mêlent,
dans lécriture, les flux de la conscience et du temps.
Ces exemples sont cependant des récits fictifs. Un pacte de lecture littéraire,
proche du schéma défini par Iser, se noue par conséquent
entre ces auteurs et leurs lecteurs réels, au-delà du pacte de
lecture autobiographique conclu dans la fiction entre les protagonistes. La
superposition des deux niveaux nous permet dimaginer un pacte densemble,
à la fois littéraire (cest-à-dire interprétatif
et sensible à lécriture) et autobiographique, qui pourrait
tout aussi bien sappliquer à la lecture des journaux intimes réels.
Au terme de léchange, le diariste et le lecteur peuvent mieux «
se connaître » dans les deux sens cest-à-dire mieux
se connaître soi-même comme mieux connaître un autre.
Loralité dans la littérature japonaise de laprès guerre: lexemple de la Burai-ha
La littérature des grands pays industriels connaît au XXème
siècle une véritable promotion de la voix. Fictions de voix, romans
de voix
la critique occidentale est riche en mots pour désigner
des uvres très diverses où le geste oral occupe une place
prépondérante.
Si cest bien la guerre de 1914 qui marque en Occident une prolifération
du parlé dans la littérature, au Japon un clivage important se
dessine à lissue du deuxième conflit mondial. Le paysage
sonore et langagier du pays se trouve en effet très profondément
modifié. Loccupation américaine amène un flot de
sonorités nouvelles, de vocabulaire inconnu. La réflexion vient
aussi de lintérieur : la simplification du système graphique
témoigne dune volonté de rapprocher langue écrite
et langue parlée. Le climat en un mot est propice à lépanouissement
dune littérature de la voix.
Plusieurs écrivains qui avaient commencé leur carrière
avant-guerre trouvent alors un nouveau souffle. La critique japonaise les réunira
plus tard sous le nom de Burai-ha, (mouvement des hors la
loi, auteurs en rupture de ban), appellation paradoxale pour
des écrivains qui se connaissent à peine et qui se veulent en
marge de toute orthodoxie. Leurs uvres ont cependant en commun la particularité
de laisser une large place à loralité. Analyser ce creuset
de la littérature daprès-guerre à travers certains
de ses auteurs pourrait permettre dapprocher les fondements de cette littérature
et de mieux comprendre son impact sur la génération suivante.
Sakaguchi Ango semble travaillé par des préoccupations diverses.
Certains récits courts sont écrits à la troisième
personne et font la part belle à loralité, mais la distance
entre le narrateur extradiégétique et le protagoniste est si ténue
quon pourrait à tout moment les confondre. On constate ainsi chez
cet auteur toute une veine de « fictions de voix » aux marquages
oraux très forts, qui témoignent dune véritable recherche
dun ton, de la mise en scène dune seule parole.
Oda Sakunosuke est lui originaire de la région du Kansai. Dans ses uvres,
comme Meoto zenzai, Entremet conjugal ou Sesô, Les murs, dont le
thème de prédilection est la vie des petites gens dOsaka,
alternent des dialogues en dialecte et un texte narratif en langue standard,
avec un narrateur extradiégétique. Le pittoresque est donc lapanage
des personnages. Pourtant peu à peu, le texte narratif se laisse contaminer
par le dialecte et des éléments oraux. Le lecteur a limpression
dassister à une joute entre narrateur et personnages.
Si linspiration dAngo paraît plus proche de la sensibilité
européenne, luvre très brève dOda Sakunosuke
en revanche livre de loralité une approche très nouvelle,
qui tire un profit original des ressources de la langue et du dialecte.
SESSION LANGAGE ET COMMUNICATION
18/12/04 9h00 HAGIHARA Kôji
Université de Provence Aix-Marseille 1
Fonctions des morphèmes de description dévénements différents
En général, les verbes-zi/ta qui se composent dune partie
commune se diversifient morphologiquement et semploient pour décrire
différemment des événements avec au moins un participant
commun. Or, certains morphèmes qui forment les verbes-zi/ta forment aussi
les paires de prédicats verbaux qui s'emploient de la même façon.
Lobjectif de cette étude est daffiner l'analyse complète
des fonctions de tous ces morphèmes étudiés dans des travaux
antérieurs (SAKUMA 1966 ; TERAMURA 1982 ; KAGEYAMA 1996).
Nous extrayons de notre corpus toutes les paires de verbes qui se composent
dune partie commune, et qui s'emploient pour décrire différemment
des événements avec au moins un participant commun, et nous catégorisons
les descriptions dévénements différents (DÉD)
que ces verbes construisent. En tant que corpus, nous adoptons une liste de
mots destinée au niveau 1 du Test d'aptitude en japonais (KOKUSAI KORYU
KIKIN et al. 2002) parce quelle ne traite pas de mots particuliers, comme
elle ne réduit pas partiellement les mots traités, à la
différence dautres travaux linguistiques (MORITA 1989 ; KOIZUMI
et al. 1989).
Nous définissons la différence suffisante entre deux DÉD
comme changement du rôle dont le même participant se répartit
entre le thème ou le sujet d'un verbe et dautres rôles de
l'autre verbe. Avec les verbes sur notre corpus, nous pouvons trouver, au total,
218 divergences de DÉD. Nous les catégorisons de deux façons
différentes : selon les participants à lévénement
et selon les morphologies des verbes.
18/12/04 9h35 HOSONO Mariko
EHESS
Lopposition entre kiku et kikoeru :
Enigme des verbes de perception auditive
Cette étude a pour but déclaircir lopposition entre
deux verbes de perception auditive en japonais : kiku et kikoeru. Ces deux verbes
de perception auditive ont le même radical ki-, mais kiku a un spectre
sémantique plus varié que kikoeru. Alors que kikoeru reste toujours
limité au champ de la perception auditive et de la compréhension,
la signification de kiku peut sélargir aux acceptions dobéissance
et dinterrogation. Les grammaires et les manuels de japonais traitent
en général kiku et kikoeru en fonction de lopposition de
ta et de zi, ou lopposition entre verbes basiques et potentiels. Toutefois,
on le verra, lopposition entre kiku et kikoeru relève également
de facteurs contextuels.
Au plan syntaxique, kiku et kikoeru sopposent de la façon suivante
:
- X ga Y wo kiku
- X ni Y ga kikoeru
X renvoie au sujet qui entend et Y à lobjet entendu. Dans la construction
de kikoeru, le sujet qui entend perd son statut de sujet syntaxique au bénéfice
de lobjet entendu. Mais une telle transformation morpho-syntaxique de
kiku en kikoeru se limite au cas où kiku désigne la perception
auditive involontaire ou volontaire. En dautres termes, kiku à
valeur dobéissance ou dinterrogation ne se transforme pas
en kikoeru.
Par ailleurs, kiku signifie la perception auditive involontaire dans le cas
où lobjet entendu Y possède le trait « non incité
par le sujet qui entend », mais a valeur de perception auditive volontaire
dans le cas où lobjet entendu Y a le trait « incité
par le sujet qui entend ». La signification du verbe kiku repose donc
sur la valeur contextuelle de lobjet syntaxique.
Enfin, laccession par le verbe kiku aux valeurs dobéissance
et dinterrogation est rendue possible par la valeur sociale ou interpersonnelle
de lobjet entendu Y, elle aussi indiquée par le contexte. Ainsi,
si kiku à valeur dobéissance ou dinterrogation ne
se transforme pas en kikoeru, cest sans doute parce que la modification
syntaxique de lobjet entendu Y ne peut préserver ces valeurs sociale
et interpersonnelle.
En conclusion, il apparaît que le passage de kiku à kikoeru nest
possible que dans la mesure où lobjet syntaxique renvoie tout simplement
à lobjet entendu. Kiku ne soppose réellement à
kikoeru que dans les cas où il sagit de savoir si lobjet
entendu possède ou non le trait « incité par le sujet qui
entend » : kiku désigne alors la perception auditive volontaire
et kikoeru exprime la perception auditive involontaire. Lopposition entre
kiku et kikoeru concerne donc le trait sémantique de lobjet entendu,
« incité ou non par le sujet qui entend », mais cette opposition
ne joue que pour une partie des acceptions de kiku.
Analyse des erreurs de certaines particules de conjonction dopposition
Lorsquun enseignant de japonais essaie de corriger un thème ou
une rédaction, lune des difficultés réside en lexplication
des différences dusage des mots de conjonction dun même
groupe, comme les conjonctions dopposition, qui introduisent une suite
sémantiquement décalée ou en contradiction avec lattente
née de la première proposiition : pourquoi employer celui-ci et
pas un autre ?
Parmi les mots appartenant à ce groupe, un certain nombre peuvent apparaître
en tête de la deuxième proposition : shikashi, ga, daga, keredomo,
kedo, demo, towaie, toittemo, towaiumonono, etc, alors que dautres sont
placés à la fin de la première : ga, keredomo, kedo, noni,
kuseni, etc. Cependant, nous nous limitons dans cette communication au deuxième
cas.
Pour chacun de ces éléments, les significations sémantiques
données dans les dictionnaires naident pas beaucoup les apprenants,
car elles sont trop abstraites pour en clarifier les différences. Les
exemples de phrases données dans les livres de grammaire peuvent illustrer
leurs usages typiques, mais lorsque les apprenants essaient de construire eux-mêmes
de nouvelles phrases dans dautres contextes, ils rencontrent encore des
difficultés.
Cest pour cette raison que, dans cette communication, nous voudrions prendre
une autre démarche : essayer dexpliquer leurs usages à la
lumière derreurs faites par des apprenants du japonais.
Pour comparer les éléments cités dessus, il faut bien sûr
tenir compte des différences de niveau de langage : oral et écrit,
et de sexe du locuteur, car certains sont employés plus souvent à
loral quà lécrit et vice versa, et certains
autres sont préférés par les locuteurs soit masculins soit
féminins. Cependant, même après la prise en compte de ces
deux facteurs, il reste toujours la difficulté de bien choisir lélément
approprié.
Nos analyses visent ici à clarifier les différences entre les
éléments concernés, non seulement du point de vue syntaxique
(les contraintes syntaxiques), mais aussi pragmatico-sémantique (les
portées de négation et dinterrogation et les places de focalisation
sémantique).
Fonctions pragmatiques de -te et (nda)kedo dans une interaction conversationnelle
La présente réflexion sinscrit dans la perspective de lanalyse
du « mécanisme invisible» du japonais. Cette problématique
concerne les éléments linguistiques dont le fonctionnement apparaît
irrégulier ou déviant de la norme grammaticale telle quelle
est décrite dans lenseignement du japonais. Parmi les éléments
de ce type, nous nous intéressons, en particulier, au phénomène
se situant dans la zone périphérique du système linguistique,
et, en loccurrence, à la langue parlée (la particule zéro,
énoncé incomplet, atténuation, etc.). Nous tâchons
ainsi déclaircir leur mécanisme à la lumière
de la perspective pragmatique et interactionniste.
Dans la présente étude, nous avons étudié les deux
schémas « X- te (Y) » et « X- (nda) kedo (Y) »
qui sont abondants dans une interaction conversationnelle. Malgré leur
hétérogénéité grammaticale (-te étant
une forme verbale pour assurer la coordination (forme -te, « X et Y »)
et kedo étant une conjonction dopposition (« X mais Y »)
), nous avons choisi de les étudier ensemble car leurs fonctions discursives
se présentent avec un aspect parallèle: -te et (nda) kedo sont
utilisés dans une interaction verbale pour assurer la liaison discursive
et interactionnelle mais que leur mode de fonctionnement dans une interaction
nétait pas clairement défini. Notre analyse, visant à
être plus qualitative que quantitative, tente de dégager les fonctions
pragmatiques de te et kedo, en se situant dans différents niveaux de
contexte liés à linteraction à partir du corpus constitué
de plusieurs séquences de conversation dyadique entre les locuteurs japonais.
Lobservation du corpus a permis de dégager un certain nombre de
schémas spécifiques à loral:
- « X- te + C + (Y) » et « X- nda kedo + C + (Y) ».
(C = connecteur)
- « X1-te (ou X1-nda kedo) [R] X2-te (ou X2-nda kedo) [R]. Xn-te (ou Xn-nda
kedo) [R] (Y [R]) » ([R] désigne la réaction de linterlocuteur
(régulateur, ou aizuchi))
- « énoncé complet » vs. « énoncé
incomplet (elliptique) », « énoncé complet / normatif
» vs. « inversion »: les variantes syntaxiques telles que
léllipse ou linversion peuvent être des formes plus
appropriées ou satisfaisantes sur le plan interactionnel et discursif.
Quant à la fonction de -te et (nda) kedo dans une conversation, nous
pouvons conclure, après lanalyse du discours que, outre la fonction
dassurer la liaison discursive et interactionnelle, « indexicaliser
le contexte de linteraction » joue donc un rôle important.